« Sacré cristal » » : quand le Val Saint-Lambert révèle son visage le plus intime au Trésor de Liège
Lorsque l’on évoque les Cristalleries du Val Saint-Lambert, les images qui viennent immédiatement à l’esprit sont celles de vases monumentaux ou encore des élégantes créations Art nouveau qui ont contribué à la renommée internationale de la manufacture sérésienne. Pourtant, à côté de ces chefs-d’œuvre destinés aux palais, aux grandes demeures ou aux expositions universelles, une autre production, plus discrète, a longtemps accompagné la vie quotidienne de nombreuses familles.
C’est cette facette méconnue que révèle aujourd’hui le Trésor de Liège avec l’exposition temporaire « Sacré cristal », présentée du 1er juillet au 27 septembre 2026 dans le cadre du bicentenaire des Cristalleries du Val Saint-Lambert.
Une autre histoire du Val Saint-Lambert
Cette exposition complète admirablement celle consacrée au Japonisme et à l’Art nouveau au Grand Curtius. Là où cette dernière met en lumière les créations les plus prestigieuses de la manufacture et son rôle majeur dans le renouvellement des arts décoratifs à la fin du XIXe siècle, le Trésor de Liège nous invite à découvrir un patrimoine beaucoup plus intime.
Le regard change d’échelle.
Ici, le cristal n’est plus seulement un symbole de prestige ou de raffinement. Il devient un objet de foi, de mémoire et de transmission. Des pièces destinées non pas aux salons des grandes demeures, mais aux intérieurs familiaux, où elles accompagnaient la prière, les grandes étapes de la vie ou simplement le quotidien.
En réunissant ces deux expositions, le bicentenaire offre finalement une vision beaucoup plus complète de ce que fut réellement le Val Saint-Lambert : une manufacture capable de conjuguer l’excellence artistique avec une production répondant aux attentes d’un public beaucoup plus large.
Quand le cristal entrait dans les foyers
Les Cristalleries du Val Saint-Lambert voient le jour en 1826 dans les bâtiments de l’ancienne abbaye cistercienne du Val-Saint-Lambert à Seraing. Héritières du savoir-faire développé à Vonêche, elles se spécialisent rapidement dans les arts de la table avant de diversifier progressivement leur production.
Parmi celle-ci figurent des créations aujourd’hui largement oubliées : des pièces religieuses gravées, des flambeaux représentant le Sacré-Cœur de Jésus ou la Vierge Marie, mais aussi des objets de dévotion privée qui trouvèrent leur place dans de nombreux foyers.
Entre 1920 et 1935, une importante production de verre et de cristal à thème religieux se développe en Wallonie. Selon le feuillet accompagnant l’exposition, une grande partie de ces pièces aurait été réalisée dans l’usine d’Herbatte, une division des Cristalleries du Val Saint-Lambert. Elles représentent le Christ, la Vierge, sainte Thérèse de Lisieux ou encore la Crucifixion et témoignent d’une production plus populaire, aujourd’hui rarement mise en valeur.
La lumière au service de la spiritualité
Parmi les œuvres présentées figurent également de remarquables obélisques en cristal, parfois appelés prismes, trylones ou pyramides, créés après la Seconde Guerre mondiale par Charles Graffart et René Delvenne.
Réalisés en cristal transparent doublé de rouge, de bleu ou de vert, ces objets surprennent par leurs étonnants effets optiques. Certaines gravures discrètement réalisées à leur base – une croix, un calice ou quelques lignes – semblent apparaître en suspension au cœur même du cristal grâce aux jeux de la lumière et de la réfraction.
Une démonstration spectaculaire de la maîtrise technique des artisans du Val Saint-Lambert, mise ici au service d’une expression spirituelle empreinte de sobriété.
Une scénographie particulièrement réussie
L’un des grands mérites de cette exposition réside dans son intégration au parcours permanent du Trésor de Liège.
Les œuvres ne sont pas isolées dans une salle temporaire. Elles dialoguent avec les reliquaires, les ivoires, les sculptures et les chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie religieuse qui font la réputation du musée.
Cette présentation invite le visiteur à porter un regard différent sur ces objets de dévotion. Leur présence paraît presque naturelle dans ce lieu consacré depuis des siècles à l’art sacré. Le contraste entre le cristal industriel du XXe siècle et les trésors médiévaux ou baroques enrichit le parcours et rappelle que le patrimoine religieux continue de s’écrire à travers des formes et des matériaux très différents.
Une facette méconnue d’un savoir-faire d’exception
Cette exposition rappelle enfin une évidence souvent oubliée : le talent des artisans du Val Saint-Lambert ne s’exprimait pas uniquement dans les pièces destinées aux élites ou aux collectionneurs.
Le même savoir-faire, la même exigence de qualité et la même maîtrise de la lumière se retrouvent dans ces objets plus modestes, conçus pour accompagner la vie quotidienne et la spiritualité de leurs propriétaires.
En révélant cette production rarement exposée, « Sacré cristal » complète idéalement le regard porté cette année sur le bicentenaire des Cristalleries du Val Saint-Lambert. Aux côtés des chefs-d’œuvre présentés au Grand Curtius, ces créations plus intimes racontent une autre histoire : celle d’une manufacture dont le génie ne s’est pas seulement exprimé dans les œuvres les plus prestigieuses, mais aussi dans ces objets discrets qui ont traversé les générations et trouvé leur place au cœur des foyers.
Deux expositions, deux regards, une même histoire. Celle d’un patrimoine industriel qui continue, deux siècles plus tard, à révéler toute la richesse et la diversité de son héritage.
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Le regard de Goupil
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Informations pratiques
Exposition : Sacré cristal
Lieu : Trésor de Liège
Dates : du 1er juillet au 27 septembre 2026
Dans le cadre du bicentenaire des Cristalleries du Val Saint-Lambert.





