En Piste ! 2026 : arrêt au stand de la SPACE Collection

En Piste ! 2026 : petit arrêt au stand de la SPACE Collection

Continuons notre tour de piste à La Boverie et faisons un petit arrêt au stand de la SPACE Collection. Une collection liégeoise qui, à travers quatre œuvres présentées à En Piste ! 2026, nous rappelle combien certaines pièces d’art contemporain peuvent encore surprendre lorsqu’elles sortent de l’ombre des réserves.

Quatre œuvres, quatre univers

À l’occasion de cette édition 2026 d’En Piste !, la SPACE Collection a choisi de présenter quelques-unes de ses dernières acquisitions.

Quatre artistes, quatre œuvres et, surtout, quatre univers très différents :

Jonas Locht, Banana Emoji, 2011
Laurent Danloy, Variation sur le vert, 2026
Manuel Alves Pereira, Dju èst-on-ôte (Je suis un autre), 2010
Caroline Mesquita, Fishes, 2020

Un choix forcément limité au regard de l’ensemble de la collection, mais qui permet déjà de mesurer sa diversité.

Du détournement à la créature métallique

Avec Jonas Locht, l’objet ordinaire peut devenir prétexte au détournement et au jeu. Banana Emoji appartient à cette pratique de l’artiste qui aime déplacer les objets et les codes de notre quotidien pour leur donner une nouvelle présence, parfois ludique, parfois franchement décalée.

Laurent Danloy, lui, nous entraîne du côté de la peinture et de la matière avec Variation sur le vert. Une œuvre récente, datée de 2026, qui témoigne de cette attention particulière portée par l’artiste à la couleur, à la matière et aux accidents qui peuvent intervenir dans le processus pictural.

Avec Manuel Alves Pereira, changement d’ambiance. Dju èst-on-ôte (Je suis un autre) s’inspire du « long-né », masque emblématique du Cwarmê de Malmedy. L’artiste ne se contente cependant pas de reproduire le masque : il lui en associe un second, identique mais vide, créant ainsi une sorte de face-à-face avec le spectateur.

Le titre, inspiré de la célèbre formule de Rimbaud, prend alors tout son sens : « Je est un autre ». Derrière le masque, derrière l’identité que nous croyons connaître, se trouve l’autre — et peut-être aussi une part de nous-mêmes.

Enfin, Caroline Mesquita nous offre avec Fishes une rencontre pour le moins surprenante.

Deux grandes figures métalliques semblent se tenir face à nous. Constituées de tôles et d’éléments assemblés, elles oscillent entre machine, personnage et créature. Chez cette artiste née à Brest en 1989, le métal devient véritablement une matière de création, presque une peau que l’on pourrait modeler comme une peinture.

Les références aux mécaniques aéronautiques, automobiles ou aérospatiales sont ici transformées par une imagination nourrie notamment de science-fiction. Le résultat est à la fois industriel et organique, froid et étonnamment vivant.

Et comme un clin d’œil à la relation entre l’artiste et la SPACE, Caroline Mesquita avait présenté en 2025 l’exposition Soupe Primordiale à la New SPACE, aux côtés de Martin Belou.

Une collection qui mérite de sortir de l’ombre

Ce petit arrêt au stand m’amène surtout à une réflexion qui dépasse les quatre œuvres présentées.

Les collections publiques ou privées recèlent souvent des œuvres un peu trop méconnues du grand public. Nous venons d’en avoir une belle démonstration avec le succès rencontré récemment à La Boverie par Les coulisses d’une collection, qui permettait au public de découvrir une partie des collections du musée habituellement moins visible.

La SPACE Collection pose finalement la même question.

Que deviennent les œuvres d’une collection lorsqu’elles ne sont pas régulièrement montrées ?

Elles existent, elles sont conservées, elles circulent parfois à l’occasion d’expositions… mais elles restent largement inconnues du public.

Et c’est un peu dommage, surtout lorsqu’il s’agit d’une collection qui rassemble des artistes aussi différents et des œuvres aussi singulières.

Le regard de Cyberliège Magazine

Je dois bien avouer que ce petit arrêt au stand de la SPACE Collection m’a laissé une impression de « revenez quand vous voulez, il y a encore beaucoup à voir ».

Ces quatre œuvres ne constituent évidemment qu’un aperçu. Mais elles donnent envie d’aller plus loin et de découvrir ce que la collection conserve encore dans ses réserves.

Mon seul regret est donc que la SPACE Collection ne dispose pas, à Liège, d’un espace d’exposition pérenne permettant au public de découvrir durablement l’ensemble de ses œuvres.

Une collection qui a pour vocation de faire circuler l’art et de le rapprocher du public mériterait peut-être, elle aussi, que le public puisse plus régulièrement venir à sa rencontre.

Alors, après ce petit arrêt au stand, une question demeure : à quand une véritable vitrine permanente pour la SPACE Collection ?

En attendant, profitons d’En Piste ! 2026 pour découvrir quelques-unes de ses œuvres à La Boverie.

Le tour de piste continue…

Jonas Locht, Banana Emoji, 2011 – Photo © A. Hanniken