“Aux confins du silence” : l’exposition d’André Lambotte à la Galerie LRS52 à Liège
André Lambotte, aux frontières du silence et du temps
Du 10 mai au 7 juin 2026, la galerie Galerie LRS52 accueille « Aux confins du silence », une nouvelle exposition d’André Lambotte. Plus qu’une simple présentation d’œuvres, cette exposition propose une véritable immersion dans un univers plastique où le regard se met à écouter, où la matière devient rythme et où l’abstraction se transforme en expérience méditative.
Chez André Lambotte, tout semble naître d’un souffle retenu. D’une vibration presque imperceptible. D’un mouvement infime répété jusqu’à faire émerger une forme de musique silencieuse. Depuis plus de cinquante ans, l’artiste développe une œuvre singulière dans le paysage de l’abstraction belge contemporaine, une œuvre qui refuse l’effet spectaculaire pour privilégier l’attention lente, la densité intérieure et la temporalité du regard.
L’exposition emprunte son titre à cette zone fragile où le dessin, la mémoire et le silence se rencontrent. Une frontière mouvante que Lambotte explore avec une obstination rare depuis les années 1970.
Le visiteur entre ici dans une œuvre qui se contemple presque comme on écouterait une partition. Cette dimension musicale n’a rien d’anecdotique. Ancien musicien de jazz, Lambotte a toujours pensé son travail à travers les notions de cadence, de répétition, de variation et de polyrythmie. Une filiation que l’artiste revendique lui-même à travers cette citation du compositeur György Ligeti, dont la pensée résonne profondément avec sa démarche :
« Chaque moment est un hasard et la totalité qui en résulte n’a rien à voir avec le hasard. J’ai le sentiment qu’il en est souvent ainsi de mes travaux : une accumulation obstinée et complexe de microstructures juxtaposées, superposées, décalées (…) Peut-être cela explique-t-il aussi que j’aimerais que l’on appréhende ce travail, dans sa temporalité, comme on écoute de la musique… »
Cette phrase agit comme une clé de lecture idéale pour comprendre l’univers de Lambotte. Car ses œuvres ne se livrent jamais immédiatement. Elles demandent du temps. Elles réclament une disponibilité intérieure. À distance, elles apparaissent souvent comme des champs vibratoires, des surfaces mouvantes traversées de signes, de stries, de respirations. Mais à mesure que le regard s’approche, un monde minutieux se révèle : couches successives de crayons colorés, réseaux de lignes, micro-variations graphiques, densités d’encre et transparences lumineuses composent une matière presque organique.
Né à Namur en 1943 et installé à Nassogne, André Lambotte développe depuis 1972 une recherche fondée sur le signe et l’écriture plastique. Cette année-là marque la naissance des Anthropographies, vastes compositions à l’encre de Chine inspirées à la fois par la calligraphie, la notation musicale et les expérimentations poétiques de Christian Dotremont. Sous cette influence, Lambotte abandonne progressivement la peinture à l’huile pour le papier et l’encre, privilégiant le noir et blanc et une gestuelle plus immédiate.
Au fil des décennies, son œuvre n’a cessé d’évoluer tout en conservant une remarquable cohérence intérieure. Des séries majeures comme Terzetto, Continuo, Ostinato, Partita ou Pizzicato ont approfondi cette exploration du rythme et de la structure. Puis sont venus les Fuscelli, Le Travail de l’herbe, Textures, Stries, La part des anges, Between the lines ou encore Espaces rêvés, autant de cycles où l’artiste pousse toujours plus loin son investigation des rapports entre temps, écriture et perception.
L’une des grandes forces de Lambotte réside précisément dans cette tension constante entre minimalisme et profusion. À première vue, certaines œuvres semblent presque austères. Pourtant, elles vibrent intérieurement d’une incroyable richesse. Les superpositions chromatiques, souvent invisibles au premier regard, illuminent discrètement les surfaces. Les répétitions deviennent pulsations. Les signes se transforment en respirations.
Cette abstraction n’a rien de froid ni de théorique. Elle demeure profondément sensible, presque contemplative. Elle évoque parfois les calligraphies extrême-orientales, parfois certaines musiques répétitives contemporaines proches de Steve Reich, mais toujours avec cette dimension profondément personnelle qui caractérise l’artiste belge.
Avec « Aux confins du silence », la galerie LRS52 offre l’occasion rare de pénétrer cet univers exigeant et hypnotique. Une exposition qui ne cherche pas à imposer un discours mais à ouvrir un espace de perception, de lenteur et d’écoute intérieure.
Dans une époque saturée d’images et de sollicitations permanentes, le travail d’André Lambotte agit presque comme une résistance poétique. Une invitation à ralentir. À regarder autrement. À entendre, peut-être, ce qui se cache derrière le silence.
André Lambotte — Aux confins du silence
Du 10 mai au 7 juin 2026
À la Galerie LRS52
Ouvert du jeudi au samedi de 15h à 18h.





