« Le Colporteur, conférence-gigogne » New Space à Liège

À Liège, Stéphane Le Mercier nous invite à suivre Le Colporteur à la New Space

Le Colporteur : quand les idées voyagent de main en main

Vendredi 18 septembre 2026 à 19h, Stéphane Le Mercier investira New Space à Liège pour une conférence pas tout à fait comme les autres. Son titre ? « Le Colporteur, conférence-gigogne ». Derrière cette expression intrigante se cache une réflexion sur les livres, les images, les objets et surtout sur leur capacité à faire circuler les idées.

Le colporteur, dans notre imaginaire, c’est cette figure un peu pittoresque qui parcourt les routes avec sa marchandise, une valise à la main ou une caisse sur le dos. Il vend, montre, raconte, transmet. Mais que se passe-t-il lorsque ce personnage devient une figure de l’histoire de l’art contemporain ?

C’est précisément ce que Stéphane Le Mercier propose d’explorer.

Artiste, enseignant à l‘École supérieure d’art et design de Saint-Étienne et installé à Marseille, il développe depuis les années 1990 une pratique qui se situe à la croisée de l’art, de l’écriture, de l’édition et de l’espace public. Son travail s’intéresse notamment aux manières dont les œuvres, les textes et les imprimés peuvent circuler, être montrés, manipulés et transmis.

Avec « Le Colporteur, conférence-gigogne », il propose donc moins une conférence académique qu’une sorte de collage en mouvement, construit à partir de citations littéraires et de reproductions d’œuvres.

Quand le colportage devient une pratique artistique

Le sujet peut sembler éloigné des avant-gardes artistiques du XXe siècle. Et pourtant.

Stéphane Le Mercier s’intéressera notamment aux manifestes dada, aux éditions Fluxus et à l’art conceptuel, mais aussi aux pratiques plus populaires que sont les fanzines et les tracts.

Un point commun relie toutes ces expériences : faire circuler des idées autrement.

Le manifeste se distribue, le tract passe de main en main, le fanzine se photocopie et se transmet, le livre voyage. L’œuvre n’est alors plus nécessairement un objet unique, installé dans un musée et destiné à être contemplé à distance.

Elle peut être transportée, reproduite, partagée, manipulée.

C’est là que la figure du colporteur prend tout son sens.

Et les objets qui l’accompagnent ne sont pas anecdotiques. Valises, caisses, présentoirs, véhicules ou autres dispositifs de transport deviennent eux-mêmes des espaces capables de contenir des textes, des images, des livres et des « ephemera », ces objets imprimés souvent modestes et éphémères qui constituent pourtant une part importante de notre culture visuelle.

Le livre comme objet… et comme espace de circulation

Cette réflexion occupe une place importante dans le travail de Stéphane Le Mercier.

Depuis une vingtaine d’années, l’artiste réalise de nombreux livres d’artistes, en France comme à l’étranger. Il y interroge notamment la présence du livre et de l’imprimé dans l’espace public.

Parmi ses projets figurent Ulisses, Lecture pour Tous, La Bibliothèque Verte ou encore Rare Postcards from Iceland.

Le livre n’est donc pas simplement, chez lui, le support qui permet de reproduire une œuvre ou d’en parler. Il peut devenir l’œuvre elle-même, un objet à regarder, à manipuler, à lire et à faire circuler.

Cette approche explique aussi l’importance accordée à la transmission et aux formes d’éducation populaire dans Le Colporteur.

Car colporter, finalement, c’est faire voyager quelque chose qui n’est pas nécessairement destiné à rester immobile.

De l’artiste au chercheur

Cette recherche autour de la figure du colporteur ne relève pas seulement de l’intuition artistique.

Elle a également donné lieu à un important travail universitaire consacré à la diffusion de l’imprimé contemporain. Stéphane Le Mercier a soutenu en 2019 à l’Université Rennes 2 une thèse consacrée au « Colporteur, mobilité de diffusion de l’imprimé contemporain ».

La conférence liégeoise constitue ainsi un prolongement particulièrement intéressant de cette recherche.

Mais plutôt que de présenter une démonstration théorique, l’artiste semble vouloir faire de la conférence elle-même un objet de transmission : une forme qui se construit par associations, citations, images et reproductions.

Une conférence qui en contient une autre, puis peut-être une autre encore…

D’où cette idée de « conférence-gigogne ».

De Robert Filliou à Marcel Broodthaers

Le parcours de Stéphane Le Mercier permet également de comprendre d’où vient cette attention particulière portée aux dispositifs, aux objets et à la transmission.

Après avoir commencé sa pratique artistique en autodidacte au début des années 1990, il séjourne notamment en Europe centrale, en Irlande — dans le cadre de la Villa Médicis Hors-les-Murs — et en Allemagne.

Son travail s’intéresse alors à des agencements sculpturaux et à des organisations publiques qu’il cherche à traduire simplement.

Deux figures importantes de l’art du XXe siècle accompagnent cette réflexion : Robert Filliou et Marcel Broodthaers, deux artistes qui ont eux-mêmes largement brouillé les frontières entre œuvre, langage, poésie, objet, institution et transmission.

On comprend dès lors mieux pourquoi le colporteur intéresse Le Mercier : il est à la fois personnage, dispositif, mode de diffusion et manière de penser l’art.

Une conférence liée à un nouveau livre

La rencontre organisée à New Space est également liée à la publication de Le Colporteur, édité à Bruxelles par La Lettre Volée.

Le livre et la conférence semblent ainsi fonctionner comme deux éléments d’un même projet : l’un sous la forme de l’objet imprimé, l’autre sous celle d’une rencontre publique.

Une manière, en quelque sorte, de remettre le colporteur sur les routes.

Et cette fois, son itinéraire passe par Liège.

Rendez-vous à New Space

Le Colporteur, conférence-gigogne
Stéphane Le Mercier
Artiste et enseignant à l’ESAD Saint-Étienne

Vendredi 18 septembre 2026 à 19h
New Space — Liège

Prix libre

Une rencontre pour celles et ceux qui aiment l’art contemporain, les livres, les histoires de l’imprimé… mais aussi pour les curieux qui se demandent simplement comment une idée parvient à voyager d’une personne à l’autre.

Parce qu’avant Internet, avant les réseaux sociaux et avant les innombrables écrans qui nous permettent aujourd’hui de tout partager en quelques secondes, il fallait parfois… prendre une valise et partir colporter.

Le regard de Cyberliège Magazine

À Liège, le colportage a longtemps fait partie de ces pratiques modestes et populaires qui permettaient aux nouvelles, aux images, aux histoires et aux objets de circuler de ville en ville, de quartier en quartier, de porte en porte.

Aujourd’hui, nous avons nos écrans, nos réseaux sociaux et nos fils d’actualité pour faire voyager une information en quelques secondes. Le colporteur, lui, avançait avec ses jambes, sa voix et parfois une simple valise.

C’est précisément ce qui rend la démarche de Stéphane Le Mercier intéressante : derrière cette figure apparemment désuète se cache une véritable réflexion sur la manière dont l’art et les idées se transmettent.

Et puis il y a cette « conférence-gigogne » : une conférence qui semble vouloir s’emboîter elle-même dans d’autres histoires, d’autres œuvres, d’autres textes et d’autres objets.

De quoi nous rappeler qu’une idée n’a pas forcément besoin d’un grand musée pour voyager.

Parfois, une valise suffit.