Exposition « Éphémère » Cathédrale Saint-Paul à Liège

Dans le cloître de la Cathédrale Saint-Paul, l’instant fragile de la photographie

L’exposition « Éphémère » du Collectif des Bigleux capte la beauté des moments qui passent

Lieu de passage presque obligé pour les visiteurs du Trésor de Liège, le cloître de la Cathédrale Saint-Paul s’affirme aussi, tout au long de l’année, comme un espace d’accueil discret mais précieux pour des expositions temporaires. Jusqu’au 31 janvier, il abrite une proposition photographique sensible et accessible : « Éphémère – Des moments furtifs de la vie de tous les jours », présentée par le Collectif des Bigleux.

Derrière ce nom volontairement teinté d’autodérision – tous ses membres portent des lunettes – se cache un groupe de sept photographes amateurs unis par une même passion du regard juste et du moment saisi. Le collectif est composé de cinq Spadois (Martine Caron, Geneviève Legay, Luc Château, Serge Laruelle et Francis Verlune) et de deux Liégeois (Étienne Coumanne et Dominique Servais), aux parcours aussi variés que complémentaires.

Une aventure née d’une rencontre fortuite

L’histoire du Collectif des Bigleux commence presque comme une scène de photographie de rue. Un jour, à la descente d’un bus, Dominique Servais remarque un homme portant un appareil photo Leica. Amateur passionné de cette marque emblématique, il engage la conversation. L’homme s’appelle Serge Laruelle, vient de Spa et se rend chaque semaine à Liège pour pratiquer la photographie urbaine. De cet échange spontané naissent une amitié, puis une collaboration artistique.

Rapidement, les rencontres s’enchaînent. À l’occasion d’une exposition de Serge à Spa, Dominique fait la connaissance de Geneviève Legay et Luc Château. Les discussions autour de leurs pratiques respectives renforcent l’envie de travailler ensemble. Le groupe s’élargit encore avec l’arrivée d’Étienne Coumanne, ami de longue date de Dominique, rencontré lors de cours de photographie, puis de Martine Caron et Francis Verlune. Aujourd’hui, le collectif fonctionne comme une constellation de regards singuliers, réunis sans hiérarchie ni dogme esthétique.

Des sensibilités multiples, un même désir de regard

Ce qui frappe dans cette exposition, c’est la diversité des approches. Certains membres ont découvert la photographie très tôt, souvent grâce à un appareil offert par un parent : c’est le cas d’Étienne Coumanne ou de Serge Laruelle, pour qui cette pratique s’est imposée comme une évidence durable. D’autres y sont venus plus tard, parfois par détours artistiques. Martine Caron, par exemple, explore d’abord la sculpture avant de se consacrer à la photographie animalière, cherchant à capturer des instants de grâce et de fragilité.

Pour Dominique Servais, la photographie prend une dimension engagée. Formé dans les années 1970, il retrouve cette pratique en 2020 et l’oriente vers l’humanitaire, notamment en collaboration avec Caritas. Son travail s’attache aux visages, aux histoires visibles ou silencieuses, qu’il développe parfois sous forme de reportages au long cours. Luc Château, éducateur en internat, utilise quant à lui la photographie comme outil pédagogique, stimulant la créativité des jeunes tout en poursuivant ses propres recherches, du sport vers le paysage et l’abstraction.

La nature et le paysage occupent également une place importante dans l’exposition. Étienne Coumanne sublime les grands espaces, tandis que Geneviève Legay, marquée par des épreuves personnelles, trouve dans la photographie un moyen de révéler la beauté persistante du monde. À Spa ou dans les Hautes Fagnes, elle traque les détails discrets : reflets, gouttes d’eau, traces fugaces du quotidien.

« Éphémère », ou l’art de saisir ce qui passe

Le fil conducteur de l’exposition, l’éphémère, traverse l’ensemble des œuvres présentées. Sans spectaculaire ni démonstration technique ostentatoire, les images proposées invitent à ralentir, à observer, à ressentir. Elles rappellent que l’essence de la photographie ne réside pas uniquement dans le matériel ou la performance, mais avant tout dans la singularité d’un regard, dans la rencontre entre un photographe et son sujet.

Dans un contexte où les images saturent les réseaux sociaux et où la pratique photographique est devenue quasi universelle, cette exposition offre une respiration bienvenue. Elle rappelle que la photographie peut encore être un geste personnel, intime, porteur de sens.

Une exposition à découvrir… malgré une discrétion assumée

Présentée jusqu’au 31 janvier, de 9 h à 17 h, dans le cloître de la cathédrale Saint-Paul à Liège, l’exposition séduit par sa sincérité et sa diversité. Un léger regret toutefois : sa visibilité. Une signalétique plus affirmée permettrait de guider plus efficacement les visiteurs vers ce lieu un peu confidentiel, et un éclairage renforcé mettrait davantage en valeur les œuvres, particulièrement en cette période hivernale.

Ces réserves mises à part, « Éphémère » s’impose comme une belle découverte, accessible et humaine, à l’image du collectif qui la porte. Une invitation à poser un regard attentif sur ces fragments de vie qui, trop souvent, nous échappent.

Photographie © Dominique Servais