POST MORTEM : quand Philippe Boxho entre dans des cases

POST MORTEM : Philippe Boxho passe de la salle d’autopsie aux cases d’une BD

Bon… je vais vous faire une confidence : lorsqu’on m’a proposé de vous parler d’une bande dessinée consacrée à la médecine légale, je me suis demandé si l’on n’avait pas légèrement perdu le sens de l’humour.

Et puis j’ai appris que cette BD s’appelait Post Mortem, qu’elle mettait en scène le docteur Philippe Boxho et qu’un certain Pierre Alary avait décidé de faire entrer le monde des autopsies dans les cases d’un album.

Là, je me suis dit : ça mérite quand même que j’aille voir.

Après tout, Philippe Boxho, à Liège, je connais. Enfin… je ne suis pas certain de pouvoir dire que je le connais personnellement, mais difficile de l’ignorer ! En quelques années, ce médecin légiste est devenu une véritable célébrité. Ses livres se vendent comme des petits pains, ses conférences attirent les foules et ses apparitions dans les médias et sur les réseaux sociaux ont largement contribué à faire sortir la médecine légale de son habituel silence.

Mais voilà qu’après les livres, les conférences et les médias, le docteur Boxho entre maintenant dans… les cases.

Et ça, voyez-vous, c’est une autre histoire.

La mort, mais autrement

Je dois vous avouer que je ne suis pas particulièrement amateur des photographies de cadavres. Je préfère nettement mon appareil photo et les façades liégeoises !

Et c’est justement là que cette bande dessinée devient intéressante. Le dessin permet de montrer ce que la photographie ne pourrait guère présenter à un public non averti sans lui imposer une réalité parfois difficile à supporter.

Pierre Alary ne cherche donc pas simplement à illustrer les histoires de Philippe Boxho. Son travail consiste à créer une véritable distance graphique, tout en conservant la précision nécessaire à la description du métier de médecin légiste.

Et moi, la distance, vous savez que j’aime ça.

Cela permet de regarder les choses en face sans forcément prendre tout le recul… nécessaire pour ne pas détaler à toutes jambes !

Un médecin légiste et un dessinateur

Pierre Alary n’est pas exactement tombé dans la bande dessinée par hasard. Formé aux Gobelins, il a travaillé pendant une dizaine d’années dans l’animation chez Disney avant de se consacrer à la BD. Son parcours l’a notamment conduit à signer Belladone, Sinbad, Silas Corey, Mon traître ou encore une adaptation d’Autant en emporte le vent.

Mais ce qui m’intéresse surtout, c’est qu’il ne s’agit pas ici d’une simple adaptation des livres de Philippe Boxho.

Pierre Alary voulait créer. Inventer. Apporter son propre regard. Et c’est précisément cette rencontre entre le scientifique et l’artiste qui semble être au cœur de « Post Mortem ».

Finalement, je trouve ça plutôt rassurant.

Parce que si quelqu’un doit vous expliquer ce qui se passe dans une salle d’autopsie, autant qu’il sache dessiner… et que celui qui sait dessiner sache aussi poser les bonnes questions !

Un peu d’esprit liégeois…

Et puis il y a l’humour.

Ça, je dois dire que je le reconnais immédiatement.

Philippe Boxho n’en manque pas dans ses livres et ses conférences. Face à un sujet aussi grave que la mort, il utilise volontiers le trait d’humour, le décalage et le franc-parler. Une manière de désamorcer le malaise sans pour autant nier la gravité de ce dont il parle.

Moi, j’appelle ça l’esprit liégeois.

À Liège, on a toujours eu cette étrange faculté de regarder les choses sérieuses avec un sourire en coin. Même quand elles ne prêtent franchement pas à rire.

Et dans « Post Mortem », cette mécanique trouve un drôle de prolongement. Pierre Alary a imaginé un petit double caricatural de Philippe Boxho, inspiré de la « coccinelle de Gotlib ». Visible uniquement par Boxho et par le lecteur, ce petit personnage pose les questions que l’on n’ose pas toujours poser.

Alors forcément, je me sens un peu moins seul.

Parce que moi aussi, j’aime bien poser des questions.

Surtout celles auxquelles personne n’avait pensé.

Ce que les morts racontent aux vivants

Mais attention : derrière l’humour et les situations parfois surprenantes, « Post Mortem » ne semble pas vouloir transformer la médecine légale en spectacle.

C’est même l’un des aspects qui m’intéresse le plus.

Une autopsie ne sert pas seulement à déterminer comment quelqu’un est mort. Le travail du médecin légiste peut révéler une maladie ignorée, une erreur médicale, les conséquences d’un traitement ou encore les circonstances d’une mort longtemps restée inexpliquée.

Et certaines des scènes présentées dans l’album nous ramènent à des réalités beaucoup moins spectaculaires : la solitude, l’isolement, ces personnes dont la mort n’est découverte que plusieurs jours après leur décès.

Là, je range mon sourire dans ma poche.

Parce que derrière les corps, il y a toujours des histoires humaines.

Et finalement, c’est peut-être cela que Philippe Boxho et Pierre Alary veulent nous rappeler : la mort renseigne sur le vivant.

Bon.

Je crois que je vais quand même retourner photographier les maisons Art nouveau.

C’est moins morbide.

Enfin… normalement.

 

 

POST MORTEM
✏️ Philippe Boxho & Pierre Alary
📅 Parution : 26 août 2026
📖 112 pages
💶 Prix : 22 €
EAN : 9782931300633

Le billet de Goupil

Mon cher Philippe…

Avec ton premier livre, tu as connu un véritable succès d’édition auquel, avouons-le, tu ne t’attendais probablement pas.

Puis il y a eu les autres livres, les conférences, les interviews, les spectacles et toutes ces apparitions qui t’ont progressivement transformé en véritable phénomène médiatique, en Belgique comme à l’étranger.

Tu as découvert avec curiosité, et parfois avec envie, les coulisses de ce drôle de monde médiatique, avec ses avantages… et ses petits inconvénients.

Au point de déclarer, il y a quelques mois, que tu en avais « un peu marre de voir ta tête dans les médias » et que tu envisageais de prendre quelque peu tes distances avec cet univers devenu, disons-le, légèrement envahissant.

Alors, mon cher Philippe, il faut éviter l’overdose fatale !

Parce qu’après la BD, il va quand même falloir savoir s’arrêter.

Pas question de nous sortir « L’Autopsie pour les Nuls ».

Ni un tutoriel YouTube intitulé « Pratiquer une autopsie en 10 leçons ».

Et surtout, surtout, pas de série TikTok ou Instagram : « Réussir ses plus belles photos sur table d’autopsie ».

Non.

Il faut voir plus grand.

Il faut viser l’inaccessible étoile !

Oublions donc la énième série télévisée pour Netflix, Disney Channel ou RTL.

Je parle de cinéma.

Du vrai.

Du lourd.

Du grand spectacle.

De celui qui se regarde sur écran géant, en IMAX, avec le son qui fait vibrer les fauteuils et une foule qui se précipite dans les salles pour découvrir enfin… le plus grand mystère de tous les temps.

Et puisque la vague déferlante de L’Odyssée nous rappelle que les grandes épopées ont encore de beaux jours devant elles, j’ai déjà trouvé le titre :

AENIGMA POST MORTEM

ou, pour conquérir définitivement Hollywood :

THE POST-MORTEM ENIGMA

Format IMAX – 70 mm, évidemment.

Avec, à la réalisation… Quentin Tarantino.

S’il est disponible.

Bon, Philippe, je te laisse.

J’ai encore quelques détails à régler avec la production.

Notamment le budget.

Et la scène avec les 300 légistes.

Ton dévoué Goupil 

POST MORTEM – Philippe Boxho & Pierre Alary – Editions Kennes