“Le disparu de Herstal”un polar social à Liège

Un polar social au cœur de la mémoire ouvrière : Gisèle Eyckmans signe un premier roman puissant

À Liège, le polar prend des accents sociaux et une profondeur mémorielle rare. Avec « Le disparu de Herstal », Gisèle Eyckmans s’inscrit d’emblée dans la grande tradition du polar noir belge où l’intrigue criminelle dépasse le simple suspense pour devenir un révélateur des tensions d’une société.

Travailleuse sociale, animatrice d’ateliers d’écriture et cofondatrice du collectif L-slam, l’autrice développe depuis plusieurs années une pratique engagée de l’écriture. Son concept d’« écriture agissante » vise à redonner une voix à celles et ceux que l’on entend peu. Cette démarche irrigue pleinement son passage au roman.

Un polar social ancré dans le réel liégeois

Publié dans la collection « Noirs desseins », dédiée aux polars belges, « Le disparu de Herstal » s’inscrit clairement dans le registre du polar social. Ici, l’enquête n’est pas seulement criminelle : elle est aussi historique, intime et territoriale.

Vingt ans après avoir quitté la région, Michel Peeters revient à Herstal pour enterrer son père. Derrière ce retour contraint se cache une quête plus profonde : comprendre qui était cet homme resté énigmatique et éclaircir les circonstances troubles de la mort d’un ouvrier, longtemps considérée comme anodine.

Peu à peu, l’enquête personnelle glisse vers une exploration plus large : celle d’un passé industriel en voie d’effacement.

La mémoire ouvrière comme toile de fond

Le roman prend toute sa force dans son ancrage historique. En toile de fond : la grande grève des « femmes-machines » de la FN Herstal en 1966 dont la revendication était « À travail égal, salaire égal », épisode marquant de la lutte pour l’égalité salariale.

À travers ce contexte, Gisèle Eyckmans restitue :

  • l’atmosphère des quartiers industriels
  • les mutations sociales et économiques
  • les traces laissées par la désindustrialisation

Le décor n’est pas un simple cadre : il devient un personnage à part entière. Entre terrils, bords de Meuse et grilles monumentales de la fabrique d’armes, c’est toute une mémoire collective qui ressurgit.

Une écriture vive, entre oralité et engagement

Le style de Gisèle Eyckmans surprend par son énergie. Héritée du slam et de l’animation d’ateliers, son écriture est à la fois :

  • vive et rythmée
  • truculente et incarnée
  • traversée par une réflexion sociale constante

Loin d’un noir austère, le roman ménage aussi des touches d’humour et de tendresse. Cette alternance donne au récit une tonalité singulière, oscillant entre suspense, nostalgie et lucidité.

Une enquête sur les silences

Plus qu’un simple polar, « Le disparu de Herstal » est une enquête sur les non-dits : ceux d’une famille, mais aussi ceux d’un territoire. Que reste-t-il des vies ouvrières lorsque les usines se taisent ? Que transmet-on lorsque la mémoire se fragmente ?

En quittant Herstal pour retourner en Andalousie, Michel Peeters ne laisse pas seulement derrière lui les cendres de son père. Il abandonne aussi une part de vérité, peut-être irréconciliable.

Avec ce premier roman, Gisèle Eyckmans propose une entrée remarquée dans le paysage du polar noir belge, en y insufflant une dimension profondément sociale et humaine. Une œuvre qui interroge autant qu’elle captive.

Le public aura l’occasion de rencontrer l’autrice et d’échanger avec elle autour de son livre lors d’un prochain Apéro littéraire “Enlivrez-vous” au Grand Curtius à Liège, une belle opportunité de prolonger cette plongée dans la mémoire liégeoise.

Informations pratiques

  • Lieu : Auditorium du Grand Curtius, Liège
  • Date : samedi 16 mai 2026
  • Horaire : de 15h à 17h
  • Entrée : gratuite
  • Réservations souhaitées : 04 238 51 59 ou lectures@liege.be

 

« Le disparu de Herstal » un roman de Gisèle Eyckmans