Journées de l’Archéologie à Liège, de Saint-Laurent à Saint-Roch

De Saint-Laurent à Saint-Roch : de chantiers en chantiers à la découverte du passé liégeois

À l’occasion des Journées européennes de l’Archéologie, organisées du 12 au 14 juin, j’ai choisi de partir à la rencontre des archéologues de l’Agence wallonne du Patrimoine (AWaP) sur deux sites emblématiques de la Cité ardente. Deux lieux chargés d’histoire, deux approches complémentaires de la recherche archéologique et, surtout, deux occasions uniques de mieux comprendre comment le passé continue de se révéler sous nos pieds.

L’ancienne abbaye Saint-Laurent : quand les fouilles réécrivent l’histoire

Premier arrêt sur les hauteurs du Publémont, à l’ancienne abbaye Saint-Laurent. Tout au long du week-end, de nombreux visiteurs ont répondu à l’invitation des archéologues pour découvrir un chantier qui suscite déjà beaucoup d’intérêt dans le monde du patrimoine.

Depuis le début de l’année, les équipes de l’AWaP y mènent d’importantes fouilles archéologiques en collaboration avec la Province de Liège. À l’origine, rien ne laissait présager une telle moisson de découvertes. C’est un projet de géothermie destiné à améliorer les performances énergétiques du site qui a conduit à l’ouverture de cette vaste campagne de recherches.

Très vite, les premiers résultats se sont révélés exceptionnels.

Sous les vestiges déjà connus de l’église abbatiale fondée au XIe siècle, les archéologues ont mis au jour les traces d’un édifice religieux plus ancien encore. Une découverte majeure qui pourrait remonter au Xe siècle et qui apporte un nouvel éclairage sur les origines du site, bien avant la fondation de l’abbaye bénédictine.

Au fil de la visite, les explications des spécialistes permettent de mesurer toute l’importance de ces recherches. Les fouilles ont également révélé les anciens escaliers d’accès à la crypte, un four utilisé pour la fabrication des cloches ainsi que plusieurs structures encore en cours d’étude. Chaque couche de terrain retirée semble livrer un nouveau chapitre de l’histoire liégeoise.

Ce qui frappe particulièrement sur ce chantier, c’est la manière dont l’archéologie dialogue avec les projets contemporains. Derrière les truelles et les relevés scientifiques se dessine un véritable travail collectif réunissant archéologues, historiens, architectes et institutions publiques autour d’un même objectif : mieux comprendre et préserver notre patrimoine.

À Saint-Roch en Volière : dix ans de découvertes racontées au public

Quelques heures plus tard, changement d’ambiance mais même passion pour l’histoire à la chapelle Saint-Roch en Volière et dans l’ancien couvent des Frères Cellites.

Fondée en 1519 durant une épidémie de peste, la communauté des Cellites a longtemps pris soin des malades contagieux avant d’accueillir les personnes marginalisées et les malades mentaux. Cinq siècles d’activités caritatives ont laissé derrière eux un patrimoine exceptionnel dont les fouilles archéologiques menées ces dix dernières années ont progressivement révélé toute la richesse.

À l’intérieur de la chapelle, une exposition présentait une sélection d’objets de la vie quotidienne découverts lors des différentes campagnes de fouilles. Vaisselle, fragments d’objets domestiques, éléments architecturaux ou encore documents historiques permettent de mieux comprendre la vie des occupants du couvent à travers les siècles.

Les panneaux explicatifs retraçaient également l’histoire du site et les nombreuses disciplines mobilisées pour l’étudier : photogrammétrie, céramologie, dendrochronologie ou encore archéo-botanique. Autant de spécialités qui démontrent combien l’archéologie moderne est devenue une science pluridisciplinaire.

Le jeudi 12 juin, j’ai également eu l’occasion d’assister à une présentation consacrée à l’orgue historique de la chapelle. L’organiste Anne Froidebise a partagé avec passion l’histoire de cet instrument classé au patrimoine exceptionnel de Wallonie, tout en détaillant les différentes étapes de sa restauration. Une intervention particulièrement éclairante qui rappelait que la préservation du patrimoine ne concerne pas uniquement les bâtiments ou les vestiges enfouis, mais aussi les instruments de musique qui témoignent de notre mémoire collective.

Tout au long du week-end, les visites guidées exceptionnelles de l’ancien couvent ont attiré un public nombreux. Les visiteurs ont pu accéder à certaines parties habituellement fermées et découvrir, grâce aux explications d’archéologues et d’architectes du Patrimoine, l’incroyable histoire de ce lieu singulier du quartier de Pierreuse. À voir les regards attentifs et les échanges passionnés, nul doute que cette immersion dans les coulisses du patrimoine a rencontré un véritable succès.

L’archéologie, une aventure humaine avant tout

Entre les découvertes spectaculaires de Saint-Laurent et les dix années de recherches mises à l’honneur à Saint-Roch, ces Journées européennes de l’Archéologie ont démontré une nouvelle fois combien notre patrimoine reste vivant.

Au-delà des pierres, des objets et des vestiges, ce sont surtout des femmes et des hommes passionnés qui donnent sens à ces découvertes et permettent au public de mieux comprendre son histoire.

Je suis reparti de ces deux visites avec le sentiment que Liège n’a pas encore livré tous ses secrets. Sous les rues, derrière les murs et parfois à l’occasion d’un simple chantier, le passé continue de ressurgir et de nous raconter l’histoire fascinante de la ville.

Petit retour en images sur ces deux rendez-vous archéologiques qui ont permis, le temps d’un week-end, de faire dialoguer le présent avec plusieurs siècles de mémoire liégeoise.

Ancienne abbaye Saint-Laurent – Chantier archéologique – Photo © A. Hanniken