Val-Benoît, les pierres de l’ancienne porterie à vendre

Avis aux amoureux des vieilles pierres et du Patrimoine immobilier

Et si un petit morceau du Val-Benoît retrouvait une nouvelle vie dans votre jardin, votre maison ou un futur projet architectural ?

Il y a parfois des histoires de patrimoine qui ne se terminent pas tout à fait comme on pourrait le croire. La porterie de l’ancienne abbaye du Val-Benoît a disparu du paysage liégeois en 2018, mais ses pierres, elles, n’ont pas toutes disparu.

Soigneusement démontés, répertoriés et conservés, certains éléments de cette ancienne porte monumentale sont aujourd’hui proposés à la vente par la Spi, Agence de développement territorial active en province de Liège.

Une occasion assez particulière pour les amoureux de vieilles pierres… et pour celles et ceux qui aiment donner une seconde vie aux matériaux chargés d’histoire.

Une porte qui racontait déjà une longue histoire

Pour comprendre l’intérêt de ces pierres, il faut remonter bien plus loin que la récente réhabilitation du Val-Benoît.

L’histoire du site commence au XIIIe siècle. Un prieuré et une chapelle y sont établis dans les années 1220, avant que le site ne devienne une abbaye cistercienne liée aux religieuses de Robermont. L’ensemble se développe progressivement, entouré d’un mur d’enceinte. Une porte donnant accès au domaine est alors aménagée à l’endroit correspondant à celui de la future porterie.

Le Val-Benoît n’est donc pas seulement l’ancien campus universitaire que les Liégeois ont connu au XXe siècle. Avant les laboratoires, les auditoires et les grands bâtiments modernistes de l’Université de Liège, il y avait ici une abbaye, un domaine religieux et agricole qui a profondément marqué l’histoire de ce quartier.

Au fil des siècles, le site connaîtra évidemment bien des transformations. L’abbaye sera notamment touchée par les bouleversements de la Révolution liégeoise, puis lourdement endommagée durant la Seconde Guerre mondiale.

C’est là que commence une autre histoire : celle de la reconstruction.

Une ancienne abbaye… reconstruite au XXe siècle

L’image que nous avons longtemps eue du Val-Benoît est en partie celle d’une reconstruction patrimoniale.

Après les destructions de la Seconde Guerre mondiale, l’ancien ensemble abbatial est reconstruit dans les années 1950 dans une volonté de restituer fidèlement son apparence historique. La reconstruction de l’abbaye est notamment associée aux architectes Jean François et J.-F. Plumier. Les archives de la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles conservent d’ailleurs un important fonds consacré à Jean François, comprenant notamment un dossier relatif à la remise en place de la porterie du Val-Benoît.

La porterie appartient donc à cette histoire particulière du patrimoine : elle était à la fois une reconstruction du XXe siècle et la réinterprétation fidèle d’un élément beaucoup plus ancien.

Son architecture contribuait fortement à donner au site son identité.

On y retrouvait notamment une écriture néo-mosane, ces références à l’architecture traditionnelle de la région liégeoise qui jouent sur la pierre, la brique, les proportions des ouvertures et certains détails architecturaux caractéristiques.

Mais surtout, la porterie avait une fonction symbolique évidente : elle était la porte d’entrée de l’ancienne abbaye.

Passer sous son porche, c’était littéralement franchir un seuil entre la ville et l’ancien domaine du Val-Benoît.

Quand le patrimoine rencontre le chantier

Lorsque le site du Val-Benoît a commencé sa nouvelle transformation, la porterie s’est retrouvée au cœur d’un débat patrimonial.

Le nouveau projet d’aménagement, notamment lié à la modification des voiries et à l’arrivée du tram, ne permettait plus de conserver facilement l’édifice à son emplacement d’origine. La construction prévue derrière la porterie posait également la question de sa lisibilité comme véritable porte d’entrée du site.

Des associations de défense du patrimoine liégeois, parmi lesquelles Le Vieux-Liège et SOS Mémoire de Liège, se sont mobilisées pour éviter que l’édifice ne disparaisse purement et simplement.

Un accord a finalement été trouvé en 2017 : plutôt qu’une démolition classique, la porterie devait être démontée pierre par pierre, avec inventaire et conservation des éléments susceptibles d’être réutilisés ultérieurement. L’objectif annoncé était notamment de préserver la symbolique et les principales caractéristiques architecturales de l’ancienne entrée : façade arrière néo-mosane, toitures, porche et arcade, porte et bas-relief de la façade avant.

Le démontage intervient en mars 2018.

La porterie disparaît alors du paysage.

Mais pas complètement de l’histoire.

Des pierres qui attendent leur deuxième vie

Huit ans plus tard, nous retrouvons donc ces éléments dans une situation assez originale.

La Spi conserve une partie des matériaux dans le cadre d’un projet patrimonial mené avec des associations de défense du patrimoine liégeois. L’autre partie constitue aujourd’hui les 26 lots proposés à la vente.

Et c’est là que l’histoire devient intéressante.

Il ne s’agit pas simplement de vendre de vieilles pierres récupérées sur un chantier. Les éléments ont été documentés et stockés dans un espace intérieur aux ACEC à Herstal, à l’abri des intempéries.

Certains lots forment encore des ensembles cohérents : encadrements de fenêtres, éléments de cheminée, notamment. Ils peuvent donc éventuellement retrouver une fonction proche de leur usage original.

Mais rien n’empêche non plus leur transformation : pierres de taille, pavés, blocs muraux ou autres éléments intégrés à un nouveau projet.

Autrement dit, le patrimoine change ici de statut.

Une pierre qui appartenait à une porterie d’abbaye peut demain devenir un morceau de mur dans une habitation, un élément de jardin, une cheminée ou participer à un projet architectural contemporain.

Ce n’est plus seulement conserver le patrimoine : c’est lui permettre de continuer à vivre.

26 lots pour une seconde vie

La Spi met ainsi en vente 26 lots distincts de pierres de taille en petit granit, autrement dit la fameuse pierre bleue de Wallonie.

Le prix minimal fixé pour les lots est annoncé comme inférieur à la valeur du marché de la pierre bleue de réemploi.

Attention toutefois : il ne s’agit pas d’une vente aux enchères au sens classique du terme. La procédure prévoit une vente publique par lot, au plus offrant, selon les modalités définies dans les documents de vente.

Et il y a une condition importante pour les amateurs tentés par l’aventure : la visite des lots est obligatoire.

Deux possibilités sont prévues aux ACEC à Herstal :

  • vendredi 16 octobre 2026, de 11 h à 12 h ;
  • jeudi 5 novembre 2026, de 14 h à 15 h.

Cette visite permettra notamment d’inspecter les éléments et de prendre connaissance des conditions d’enlèvement.

La vente se clôturera le 13 novembre 2026 à 16 h.

Des vieilles pierres, mais pas seulement

L’intérêt de cette opération dépasse finalement la seule possibilité de faire une bonne affaire.

Elle raconte une autre manière de regarder le patrimoine.

Nous avons souvent tendance à considérer un bâtiment ancien comme un tout : une façade, une toiture, une porte, un monument. Lorsqu’il disparaît, nous avons alors l’impression que son histoire disparaît avec lui.

Le cas du Val-Benoît montre que ce n’est pas forcément vrai.

Une façade peut être démontée. Une pierre peut être numérotée. Un encadrement peut être conservé. Une cheminée peut attendre plusieurs années dans un dépôt avant de retrouver une fonction.

Et parfois, le patrimoine peut donc connaître plusieurs vies.

La première fut celle de l’abbaye.

La deuxième, celle de la reconstruction et de la mémoire.

La troisième pourrait bien commencer maintenant, chez des particuliers, des architectes, des entrepreneurs ou des passionnés qui auront envie de faire entrer un petit morceau du Val-Benoît dans une nouvelle histoire.

Avis aux amateurs !

Vous êtes amoureux de vieilles pierres ? Vous restaurez une maison ? Vous imaginez un projet architectural ? Vous cherchez des matériaux anciens ayant une véritable histoire ?

Alors, cette vente mérite certainement un coup d’œil.

Car posséder une pierre provenant de la porterie du Val-Benoît, ce n’est finalement pas seulement acheter un morceau de petit granit.

C’est aussi récupérer un petit fragment de l’histoire de Liège pour lui offrir une nouvelle adresse.

Et, pour une vieille pierre, avouons-le, c’est plutôt une belle façon de ne pas prendre sa retraite.

Le regard de Cyberliège Magazine

Il y a quelque chose d’assez émouvant dans cette histoire de pierres.

Une porterie disparaît, mais ses pierres refusent de disparaître avec elle. Elles sont démontées, numérotées, stockées soigneusement… et attendent désormais de connaître leur troisième vie.

On pourrait évidemment voir dans cette opération une simple vente de matériaux de construction. Mais ce serait passer à côté de l’essentiel.

Une pierre ancienne n’est pas seulement un matériau. Elle porte les traces d’un bâtiment, d’une architecture, d’un quartier et de ceux qui l’ont construit, utilisé, transformé puis défendu. Dans le cas du Val-Benoît, elle appartient à une histoire qui traverse plusieurs siècles et plusieurs architectures.

Le réemploi permet justement de sortir d’une vision un peu figée du patrimoine. Conserver ne signifie pas nécessairement mettre sous cloche. Cela peut aussi vouloir dire transmettre autrement.

Demain, un encadrement de fenêtre du Val-Benoît pourrait se retrouver dans une maison, une cheminée dans un intérieur ou quelques blocs de petit granit dans un nouveau projet. L’objet aura changé de fonction, mais son histoire, elle, continuera à circuler.

Et puis, entre nous, il y a quelque chose de réjouissant à imaginer qu’une vieille pierre ayant connu les religieuses du Val-Benoît, les destructions de la guerre, une reconstruction et un démontage méthodique puisse finalement terminer sa carrière… dans votre jardin.

Le patrimoine n’est peut-être jamais aussi vivant que lorsqu’il change de vie.