Garance Gasser: « Après la fin la faim » En Piste! à La Boverie

Garance Gasser — « Après la fin, la faim » : le monde est fini, mais eux ont encore faim

Le monde est fini. Mais eux ont encore faim. C’est peut-être la première pensée qui vient à l’esprit devant Après la fin, la faim, la série de peintures que Garance Gasser présente dans le cadre d’« En Piste ! » 2026, à l’invitation d’Espace 251 Nord.

Les derniers vainqueurs d’un monde en cendres

La jeune artiste, récemment diplômée de l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège, imagine un futur lointain. L’humanité a poussé sa logique de surenchère jusqu’au point de rupture. Tout a brûlé.

Dans ce paysage presque désert, quelques créatures ont pourtant survécu. Elles sont les descendants improbables des puissants d’autrefois : industriels au cigare, politiques en costume, entrepreneurs « cool » de la Silicon Valley.

Leurs costumes ont disparu. Leur humanité semble avoir régressé. Mais leur ambition est intacte.

Ils continuent à vouloir gagner, à se distinguer, à accumuler les signes de réussite. Ils ont finalement remporté la course : premiers sur un podium de cendres, sans plus personne à battre.

L’image est aussi drôle qu’elle est glaçante.

Quand les trophées deviennent des reliques

Garance Gasser construit cette fable à partir d’un vocabulaire symbolique particulièrement efficace.

La médaille représente la récompense et la distinction. Le briquet et le bidon d’essence rappellent le feu qui a tout détruit. Les gants blancs évoquent les intentions cachées et cette « patte blanche » que le loup tend à l’agneau.

Mais c’est sans doute la Toison d’or qui résume le mieux son propos.

Dans le mythe, elle est l’objet d’une quête héroïque. Chez Gasser, elle n’est plus qu’une dépouille de mouton, une peau avec ses cornes et sa fourrure, débarrassée de son aura légendaire.

Même recouverte d’or, une peau morte reste une peau morte.

Le héros s’est réduit à son déguisement.

Une génération face à son avenir ?

C’est ici que l’œuvre dépasse la fable post-apocalyptique.

Garance Gasser ne peint pas simplement un monde après la catastrophe. Elle imagine ce qui pourrait subsister de nos comportements lorsque tout le reste aura disparu.

Plus de marchés, plus de palmarès, plus de médias, plus de carrières, plus de public… mais toujours cette même faim de reconnaissance.

L’entre-soi des élites est devenu une vie en meute. Les puissants ont perdu leur monde, mais continuent à vénérer ses reliques. Ils se rêvent encore en héros, alors qu’ils ne sont plus que des créatures pathétiques se disputant les derniers symboles d’une civilisation disparue.

C’est là que Après la fin, la faim prend une résonance particulièrement contemporaine.

Et si l’avenir n’était plus le lieu des promesses, mais celui des conséquences ?

On pourrait alors voir dans cette œuvre le symptôme d’une génération qui regarde l’avenir avec moins de confiance que celles qui l’ont précédée. Une génération qui ne croit peut-être plus que demain sera nécessairement meilleur qu’aujourd’hui.

Le regard de Cyberliège Magazine

Ce qui frappe chez Garance Gasser, c’est sa manière de regarder le présent à travers le passé pour imaginer l’avenir. Ses références au grotesque, aux mythes, aux anciennes représentations de la folie humaine donnent à cette série une profondeur qui dépasse largement le simple récit dystopique.

Son monde est peut-être imaginaire.

Ses personnages, eux, nous sont étrangement familiers.

Ils ont gagné la course.

Ils ont obtenu leurs médailles.

Ils ont conquis leur Toison d’or.

Mais il n’y a plus de monde pour célébrer leur victoire.

Et c’est peut-être là toute la cruauté du titre de Garance Gasser : après la fin, il reste encore la faim.

 

📍 La Boverie
📅 En Piste ! 2026 — jusqu’au 13 septembre
🎟️ Entrée gratuite

Garance Gasser — «Le piège » 30,6×25 cm – Photo © A. Hanniken
Garance Gasser — En haut à gauche « Totem » 60×37 cm — En bas à droite « Saint Jean ou le poison de la victoire » 34×31 cm – Photo © A. Hanniken
Garance Gasser — Après la fin, la faim, 2026. Une vision dystopique où les puissants d’hier, transformés en créatures quasi animales, continuent de vénérer les symboles d’une réussite devenue dérisoire – Photo © A. Hanniken