Les jardins imaginaires d’Anna Zaboun à La Boverie

Anna Zaboun : les jardins imaginaires d’une jeune artiste à La Boverie à Liège

À La Boverie, la jeune artiste Anna Zaboun nous invite à franchir les limites du réel pour entrer dans des jardins imaginaires, luxuriants et mystérieux, où la peinture devient un refuge face aux incertitudes du monde contemporain.

À partir du 20 août, La Boverie ouvre son Espace Jeunes Artistes à Anna Zaboun, une jeune peintre d’origine ukrainienne dont le travail commence à retenir l’attention bien au-delà des murs de l’Académie des Beaux-Arts de Liège où elle vient d’obtenir son master en peinture.

Chez Anna Zaboun, le jardin n’est jamais un simple décor. Il constitue plutôt un territoire mental, un espace imaginé pour se soustraire momentanément au tumulte du monde. Ses peintures nous entraînent dans des paysages luxuriants où la végétation, les bassins, les chemins, les architectures végétales et les formes géométriques composent des univers qui semblent familiers tout en étant totalement imaginaires.

Des jardins pour s’échapper du réel

Ses compositions peuvent évoquer aussi bien les jardins classiques à la française que les jardins anglais ou certaines luxuriances tropicales. Mais aucune volonté de reproduire fidèlement un lieu existant. Chez Anna Zaboun, ces références sont recomposées, déplacées, transformées.

Labyrinthes, topiaires, bassins et végétation foisonnante se côtoient dans des espaces où l’ordre géométrique rencontre le débordement de la nature. Le jardin devient alors à la fois refuge et espace d’incertitude : il attire le regard, invite à s’y promener, mais semble toujours dissimuler quelque chose derrière ses feuillages.

Cette tension entre ce qui se montre et ce qui se dérobe constitue l’une des dimensions les plus intéressantes de son travail. Car derrière l’apparente profusion de ses compositions se dessine une interrogation plus intime : comment créer un espace dans lequel se protéger lorsque le monde extérieur devient difficile à appréhender ?

Une nature aux couleurs de la fiction

La couleur joue ici un rôle essentiel.

Verts intenses, violets profonds, roses lumineux, rouges éclatants ou bleus irréels éloignent délibérément ces jardins de toute représentation naturaliste. Anna Zaboun ne cherche pas à reproduire la nature telle que nous la connaissons : elle en invente une autre.

La couleur devient ainsi un outil de construction de l’espace autant qu’un vecteur d’émotion. Elle donne aux paysages leur caractère presque fantastique et transforme la toile en un lieu mental dans lequel le spectateur peut à son tour se projeter.

Devant ses tableaux, on pourrait presque croire entendre l’eau d’un bassin, ressentir l’humidité d’une végétation dense ou suivre un chemin dont on ne découvrira jamais véritablement l’issue. La peinture ne se contente plus de représenter un paysage : elle cherche à en faire éprouver la présence.

Une jeune artiste déjà remarquée

Cette exposition à La Boverie intervient à un moment particulièrement intéressant dans le parcours d’Anna Zaboun.

Née à Reni, en Ukraine, en 1997, elle vit aujourd’hui à Ans et travaille à Liège. Diplômée d’un master en peinture de l’Académie des Beaux-Arts de Liège, elle a déjà été remarquée dans plusieurs manifestations artistiques.

En 2024, elle reçoit notamment le prix « coup de cœur » du Prix artistique de Tournai. En 2025, elle est sélectionnée pour le Prix Georges Collignon à La Châtaigneraie, à Flémalle, et remporte finalement cette distinction pour La Fontaine, une œuvre caractérisée par une palette particulièrement vive et un univers volontiers joyeux et foisonnant.

En 2026, son travail aura également été présenté au Théâtre de Liège et dans le White Cube de la Collection Uhoda, où son œuvre Aurore (2025) était visible dans une vitrine ouverte sur l’espace public liégeois.

Avec cette nouvelle exposition à La Boverie, c’est donc une artiste au début d’un parcours déjà prometteur que le public liégeois sera invité à découvrir.

Habiter un monde réinventé

Il serait pourtant réducteur de ne voir dans les tableaux d’Anna Zaboun que des jardins colorés et fantastiques.

Derrière leur séduction immédiate se cache une réflexion plus profonde sur la nécessité de créer des espaces de retrait, de contemplation et de protection. Ses jardins sont accueillants, mais parfois énigmatiques ; ils donnent envie d’y entrer tout en laissant planer la possibilité de s’y perdre.

La peinture devient alors une manière de construire un ailleurs.

Un ailleurs fragile, imaginaire, artificiel peut-être, mais qui répond à un besoin bien réel : celui de ralentir, de respirer et de retrouver un espace où l’on puisse encore se sentir à l’abri.

À La Boverie, Anna Zaboun nous proposera ainsi moins une promenade dans des jardins existants qu’une invitation à entrer dans les paysages de son imaginaire.

Et peut-être à y trouver, le temps d’une visite, notre propre refuge.

Le jardin perdu d’une génération

Chez Anna Zaboun, le jardin apparaît finalement comme bien davantage qu’un espace imaginaire. Il évoque un refuge, un havre de paix, peut-être même une sorte de Jardin d’Éden perdu, auquel il faudrait tenter de retrouver l’accès dans un monde traversé par les bouleversements, les incertitudes et les inquiétudes.

Cette dimension donne à sa peinture une résonance particulière. Elle rejoint, à sa manière, le désenchantement et les interrogations d’une partie de la Génération Z, confrontée à un avenir qui semble de plus en plus incertain. Face aux crises environnementales, aux tensions géopolitiques, aux bouleversements sociaux et à l’accélération permanente du monde, le jardin devient alors un territoire rêvé : un lieu où l’on pourrait encore se mettre à l’abri, respirer et croire en la possibilité d’un monde différent.

Le parallèle avec les peintres impressionnistes est à cet égard intéressant. Lorsque Monet, Renoir ou Sisley célébraient la nature pour ses variations de lumière, ses couleurs et sa beauté sensible, Anna Zaboun regarde elle aussi vers le jardin, mais son regard appartient à une autre époque. La nature n’est plus seulement un spectacle à contempler : elle est devenue un monde fragile dont nous mesurons désormais la vulnérabilité.

Ses jardins luxuriants, artificiels et parfois irréels deviennent ainsi le miroir d’une époque inquiète. Sous leurs couleurs éclatantes affleurent la peur, le besoin de protection et la nostalgie d’un équilibre perdu. Une peinture qui pourrait être qualifiée de forme d’expressionnisme contemporain, non pas parce qu’elle déforme le monde pour en accentuer la violence, mais parce qu’elle transforme un paysage rêvé pour donner une forme visible aux inquiétudes intérieures.

Les jardins d’Anna Zaboun ne cherchent donc peut-être pas à nous faire oublier les démons de notre époque. Ils tentent plutôt de les exorciser. Et derrière leurs feuillages luxuriants, leurs couleurs irréelles et leurs chemins qui semblent ne mener nulle part, c’est peut-être notre propre besoin d’espérance que nous sommes invités à regarder.

Anna Zaboun – Espace Jeunes Artistes

La Boverie – Liège
Du 20 août au 11 octobre 2026
Accès libre

Une exposition à découvrir dans le cadre de l’Espace Jeunes Artistes de La Boverie.

 

Exposition Anna Zaboun – La Boverie – Liège