Au cœur du carillon de Saint-Barthélemy : un patrimoine vivant qui continue de faire chanter Liège
Lorsque Rosy Ginesci a imaginé sa journée consacrée aux Trésors cachés des sept collégiales de Liège, elle souhaitait offrir bien davantage qu’une simple visite guidée. L’objectif était de pousser des portes habituellement fermées et de révéler des lieux que même de nombreux Liégeois ignorent.
Parmi toutes les découvertes de cette journée, une restera longtemps gravée dans ma mémoire : la montée dans la tour de la collégiale Saint-Barthélemy, à la découverte de son remarquable carillon.
À partir de ce moment, Rosy Ginesci a laissé sa place à Jean-Christophe Michallek, carillonneur et professeur de carillon à l’Académie de musique Grétry, notre guide pour cette exploration hors du commun. Dès les premiers instants, on comprend que la visite sera bien plus qu’une succession d’explications techniques. Avec une passion communicative, il mêle histoire, anecdotes, humour et démonstrations, rendant accessibles des mécanismes parfois complexes. Son remarquable talent de pédagogue transforme chaque étape de l’ascension en une nouvelle découverte et l’on se surprend à écouter avec la même curiosité les plus jeunes comme les passionnés de patrimoine.
Quelques marches suffisent pour quitter l’église et pénétrer dans un univers totalement différent.
Derrière les murs de la tour
L’atmosphère change immédiatement.
Les pierres épaisses étouffent les bruits de la ville. Les escaliers deviennent plus étroits. Les poutres dessinent une véritable forêt de bois au-dessus de nos têtes. Ici, tout rappelle que l’on pénètre dans les entrailles d’un monument qui veille sur Liège depuis près de mille ans.
Avant même d’apercevoir les cloches, un imposant mécanisme attire notre regard.
Le cœur mécanique du carillon
Devant nous se dresse une impressionnante horloge monumentale, composée d’un enchevêtrement de roues dentées, d’axes, de leviers et de contrepoids.
Pendant de longues décennies, cette mécanique fut le véritable cœur du carillon. Elle ne se contentait pas d’indiquer l’heure : elle commandait également les sonneries des cloches et mettait en mouvement le tambour mécanique chargé de diffuser automatiquement les mélodies qui accompagnaient la vie quotidienne du quartier.
À quelques pas de là apparaît justement cet étonnant tambour métallique couvert de centaines de petits trous.
À première vue, il est difficile d’imaginer son rôle.
Jean-Christophe Michallek nous révèle alors son secret. Chaque petite goupille insérée dans le cylindre correspondait à une note. En les déplaçant une à une, il était possible de programmer les airs que le carillon allait interpréter automatiquement. Bien avant l’informatique, les artisans avaient inventé une véritable mémoire musicale mécanique, comparable au principe d’une gigantesque boîte à musique.
Aujourd’hui, les mélodies automatiques sont programmées grâce à un système informatique moderne, beaucoup plus souple d’utilisation. L’ancienne horloge et le tambour mécanique ne pilotent donc plus le carillon, mais leur conservation permet de comprendre toute l’ingéniosité des horlogers et mécaniciens qui, pendant des générations, ont fait vivre cet extraordinaire instrument.
Un orchestre suspendu dans les airs
Quelques marches plus haut, le spectacle devient saisissant.
Suspendues dans leur imposante charpente de bois, les cinquante cloches composent un véritable orchestre de bronze.
Les plus anciennes, au nombre de trente-huit, ont été fondues en 1774 par le célèbre maître fondeur Mathias-Joseph Vanden Gheyn, figure majeure de l’art campanaire des Pays-Bas méridionaux. Lors de la restauration du carillon, elles ont été soigneusement restaurées et complétées par douze nouvelles cloches afin d’offrir au carillonneur une palette musicale adaptée aux exigences actuelles tout en préservant la personnalité sonore de l’ensemble.
En levant les yeux vers ces géantes de bronze, on mesure soudain la prouesse technique que représente un tel instrument.
Quarante années de silence… avant une renaissance
Pourtant, ce patrimoine a bien failli disparaître.
En 1976, l’état de la tour impose le démontage complet du carillon. Les cloches, le clavier, l’horloge et le tambour mécanique sont déposés. Pendant près de quarante ans, le carillon reste silencieux.
Ce n’est qu’à l’occasion de la vaste restauration de la collégiale que l’ensemble retrouve progressivement sa place. Les cloches historiques sont restaurées, de nouvelles viennent compléter la gamme musicale, les mécanismes anciens sont sauvegardés et un nouveau système de commande permet au carillon de reprendre vie.
En 2014, les cloches de Saint-Barthélemy résonnent enfin de nouveau au-dessus de Liège.
Une véritable renaissance.
Un patrimoine vivant reconnu par l’UNESCO
Cette restauration exemplaire ne constitue pourtant qu’une partie de l’histoire.
Le carillon de Saint-Barthélemy s’inscrit aujourd’hui dans le programme belge de sauvegarde de la culture du carillon, inscrit en 2014 par l‘UNESCO au Registre des meilleures pratiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.
Cette reconnaissance internationale ne distingue pas un monument particulier. Elle récompense une manière de préserver un patrimoine vivant.
Car un carillon n’a de sens que s’il continue à vivre.
Il faut des artisans capables de restaurer les mécanismes, des fondeurs pour entretenir les cloches, des carillonneurs pour interpréter les œuvres, des guides pour transmettre cette histoire et un public pour venir l’écouter.
Concerts, visites guidées, démonstrations, formations et actions de sensibilisation font désormais partie intégrante de cette démarche de sauvegarde.
En quittant la tour, je comprends que chaque visite organisée ici contribue, à sa manière, à faire vivre cette tradition plusieurs fois centenaire.
Une curiosité à découvrir absolument
Lorsque l’on évoque la collégiale Saint-Barthélemy, les regards se tournent presque toujours vers les célèbres fonts baptismaux.
Pourtant, plusieurs dizaines de mètres plus haut, un autre trésor attend les visiteurs.
Grâce aux explications passionnantes de Jean-Christophe Michallek, le carillon cesse d’être un simple ensemble de cloches pour devenir un formidable condensé d’histoire, de musique, d’ingéniosité mécanique et de savoir-faire.
Si l’occasion se présente de participer à une prochaine visite guidée, n’hésitez pas.
Vous découvrirez bien plus qu’un instrument de musique.
Vous découvrirez l’une des plus belles curiosités de Liège.
|
|
Les Secrets de Goupil
|







