Maria Vita Goral : graver les liens invisibles

Des visages dans la pierre : le nouveau dialogue de Maria Vita Goral

« Il existe des œuvres qui se regardent. D’autres qui nous regardent en retour. Les portraits gravés sur marbre de Maria Vita Goral appartiennent à cette seconde catégorie. »

Après « Les Perles Universelles », qui avaient transformé le pont de Fragnée à Liège en symbole du dialogue entre les cultures, l’artiste Maria Vita Goral ouvre un nouveau chapitre de son parcours. Avec une série de portraits gravés sur marbre, édités en tirages limités, elle poursuit une réflexion profondément humaniste sur l’identité, la mémoire et les liens invisibles qui unissent l’être humain au vivant. Une proposition artistique où la pierre devient le support d’un dialogue intime entre l’œuvre et celui qui la contemple.

Des visages dans la pierre : le nouveau dialogue de Maria Vita Goral

Certaines œuvres ne se contentent pas d’être regardées. Elles nous invitent à ralentir, à écouter le silence de la matière et à interroger notre propre regard sur le monde.

Depuis son installation à Liège en 2014, Maria Vita Goral construit une œuvre d’une remarquable cohérence, où chaque création dialogue avec la précédente. Peinture, sculpture, installation, verre, textile ou interventions dans l’espace public : les techniques évoluent, les matériaux se répondent, mais la question demeure toujours la même. Quels liens invisibles unissent les êtres humains, la nature, la mémoire et le temps ?

Aujourd’hui, l’artiste prolonge cette réflexion avec une série de portraits gravés sur marbre, édités en tirages limités. Plus qu’une nouvelle création, cette proposition constitue une nouvelle étape dans une recherche artistique qui, projet après projet, explore notre relation au vivant et les métamorphoses qui façonnent notre existence.

Une démarche en constante évolution

Le public liégeois connaît déjà Maria Vita Goral avec « Les Perles Universelles », cette intervention artistique installée sur le pont de Fragnée qui invitait à célébrer la diversité et le dialogue entre les cultures.

L’artiste ne voit pourtant aucune rupture entre cette œuvre et les portraits qu’elle présente aujourd’hui.

« Pour moi, dans ma manière de travailler, tout est lié : les gens, les rencontres, les réflexions, les saisons, la politique, les tensions de notre époque… Tout fait partie d’un même ensemble. Je ne considère pas ces portraits comme une rupture avec « Les Perles Universelles », mais comme une évolution naturelle de ma démarche. Chaque projet explore différemment les questions qui traversent notre société. »

Cette continuité est sans doute l’une des clés de lecture les plus importantes de son travail. Maria Vita Goral ne juxtapose pas des projets indépendants : elle construit patiemment une œuvre où chaque réalisation approfondit une réflexion commencée avec la précédente.

Des visages qui nous ressemblent

Au premier regard, les portraits surprennent par leur simplicité.

Quelques lignes gravées au laser suffisent à faire apparaître un visage sur un fragment de marbre. Aucun nom, aucun âge, aucune identité précise. Les traits sont volontairement réduits à l’essentiel, comme suspendus entre présence et absence.

Ces figures anonymes n’appartiennent à personne.

Elles appartiennent à chacun.

« Cette série de portraits est avant tout un miroir, un constat et un questionnement. À travers ces visages, je cherche à inviter chacun à réfléchir à son identité, à nos valeurs communes et aux transformations que nous traversons personnellement ou collectivement. »

L’œuvre ne raconte donc pas une histoire particulière. Elle ouvre un espace où le visiteur peut reconnaître ses propres souvenirs, ses interrogations et sa part d’humanité.

La métamorphose comme philosophie de vie

Au cœur de cette démarche se trouve une idée qui traverse tout le travail de Maria Vita Goral : la métamorphose.

Mais il ne s’agit pas seulement de celle de la chenille devenant papillon.

Pour l’artiste, la métamorphose est un mouvement permanent qui concerne tout autant la nature que les êtres humains.

« Le passage d’une vie à une autre, la transformation d’un être, qu’il soit humain, animal ou symbolique… C’est l’idée du changement permanent. Rien n’est figé. Chaque expérience, chaque rencontre, chaque épreuve ou chaque joie nous transforme, parfois de façon visible, parfois de manière invisible. Finalement, la métamorphose, c’est la vie elle-même. »

Cette vision donne tout son sens au projet « Chrysalides-Portrait ». Ce qui intéresse Maria Vita Goral n’est pas uniquement le résultat de la transformation, mais ce moment fragile où tout demeure possible.

« Ce n’est pas seulement le résultat final qui m’intéresse. C’est tout le processus de transformation, ce moment fragile où tout est en devenir… ou pas. »

Une réflexion qui dépasse largement le monde du vivant pour rejoindre celui de nos existences, de nos choix et des bouleversements que traverse notre époque.

Habiter le monde autrement

Le regard que porte Maria Vita Goral sur la nature n’a rien d’idyllique.

Elle y voit à la fois une source d’apaisement, une extraordinaire leçon d’équilibre et un monde devenu fragile face aux défis environnementaux contemporains.

Cette sensibilité trouve son origine dans les souvenirs du jardin de son père, véritable écosystème où chaque forme de vie participait à un équilibre plus vaste. De cette expérience fondatrice est née une conviction qui irrigue aujourd’hui toute son œuvre : l’être humain ne peut être pensé indépendamment du vivant qui l’entoure.

Cette idée s’exprime jusque dans une œuvre aussi singulière qu’un filet à papillons.

Objet traditionnellement destiné à capturer, il devient ici un symbole inversé.

« Le filet à papillons est né comme une réponse à la violence. Il détourne un objet qui sert habituellement à capturer pour en faire un symbole de conscience et de responsabilité. Il nous invite à réfléchir à notre rapport au vivant, à ce que nous choisissons de protéger plutôt que de posséder ou de détruire. »

Le papillon cesse alors d’être un simple symbole de métamorphose. Il devient aussi celui de la liberté, de la fragilité et de la responsabilité que nous partageons envers toutes les formes de vie.

Quand la pierre devient un langage

Si Maria Vita Goral a choisi le marbre pour cette édition limitée, ce n’est évidemment pas par hasard.

Chez elle, chaque matériau possède une dimension symbolique.

La pierre évoque la mémoire et le temps long.

Le textile parle de transmission et de réparation.

Le verre traduit la lumière, la transparence et la métamorphose.

Le papier conserve la trace des premières intuitions.

Le matériau ne sert jamais seulement à fabriquer une œuvre.

Il participe à son récit.

Les portraits gravés sur marbre prolongent ainsi une réflexion artistique où la matière devient elle-même porteuse de sens.

Une invitation à regarder autrement

Avec cette série de tirages limités, Maria Vita Goral ne propose pas de simples objets d’art destinés à être accrochés à un mur.

Elle offre la possibilité de prolonger un dialogue.

Celui que son travail entretient depuis plusieurs années avec notre époque, mais aussi avec chacun d’entre nous.

À travers ces visages simplement esquissés, l’artiste ne délivre ni certitudes ni leçons. Elle préfère ouvrir un espace de contemplation où chacun peut interroger son identité, sa relation aux autres et sa place dans le vivant.

À une époque où tout semble s’accélérer, son œuvre rappelle avec une rare délicatesse que les transformations les plus profondes sont souvent les plus silencieuses.

Et que les liens invisibles qui nous unissent au monde sont peut-être ce qu’il y a de plus précieux à préserver.

 

Le regard de Cyberliège Magazine

L’œuvre de Maria Vita Goral possède cette qualité rare de ne jamais imposer une interprétation. Elle préfère ouvrir des chemins. Face à ces visages réduits à quelques lignes essentielles, chacun est invité à faire une halte, à laisser émerger ses propres émotions et à accepter que certaines réponses demeurent inachevées.

Dans une époque dominée par l’immédiateté et le bruit, cette invitation au silence constitue peut-être la plus grande force de son travail. L’artiste ne cherche ni à séduire par l’effet spectaculaire ni à convaincre par le discours. Elle fait confiance à l’intelligence sensible du regardeur.

En choisissant aujourd’hui de diffuser ces portraits sous la forme de tirages limités gravés sur marbre, Maria Vita Goral ne propose pas une simple déclinaison de son œuvre. Elle lui offre une nouvelle existence. Chaque pièce quitte l’atelier pour rejoindre un lieu de vie, où elle poursuivra silencieusement le dialogue avec celles et ceux qui l’accueilleront.

C’est sans doute là l’une des plus belles réussites de cette démarche : rappeler que l’art ne se limite pas à être exposé. Il peut aussi s’inviter dans notre quotidien, nous accompagner dans le temps et continuer, discrètement, à transformer notre regard sur le monde.

« Portrait » – Gravure sur pierre (marbre rose de Sicile: Libeccio rosato).026 © Maria Vita Goral
« Filet a papillons » Ensemble de sculptures 2024 Hyogo Préfecture Art Gallery, Kobe Japon © Maria Vita Goral