Éléonore Scardoni aux Archives de la Bande dessinée à Liège

Éléonore Scardoni : quand la bande dessinée explore les territoires, les images et le livre

Le mardi 22 septembre, les Archives de la Bande dessinée invitent à Liège l’artiste, auteure et éditrice Éléonore Scardoni. Une rencontre qui permettra de découvrir un parcours où la bande dessinée dialogue avec le dessin, la gravure, l’édition et l’observation des territoires.

Les rencontres des Archives de la Bande dessinée reprennent aux Fonds patrimoniaux de la Ville de Liège. Et pour ouvrir ce nouveau cycle automnal, le choix d’Éléonore Scardoni n’est pas tout à fait anodin.

Formée à l’École de Recherche Graphique (ERG) à Bruxelles, l’artiste développe en effet une pratique qui déborde largement les frontières de la bande dessinée traditionnelle. Dessinatrice, auteure, graveuse et éditrice, elle travaille autant sur les images que sur les formes de leur fabrication et de leur diffusion.

Son parcours est également marqué par une place importante accordée au collectif. Une dimension que l’on retrouve notamment dans Forgeries, projet de revue dessinée de science-fiction développé avec Romane Armand et Adrien Le Strat. Né autour d’une improbable micronation scientifique installée en Antarctique, le projet mêle fiction, documentation, sciences, écologie, dessin et construction d’un univers graphique commun.

Récompensé en 2019 par le Prix de la première œuvre en bande dessinée de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Forgeries constitue une étape importante dans le parcours de l’artiste. Le projet donnera ensuite naissance aux éditions En 3000, dont Éléonore Scardoni devient également l’une des figures actives.

Du territoire au récit

Chez Éléonore Scardoni, le territoire semble souvent constituer davantage qu’un simple décor.

La Grande Üto, sa première bande dessinée réalisée en solo, publiée par En 3000 en 2021, trouve son origine dans son expérience finlandaise. Son séjour à Helsinki dans le cadre d’un Erasmus et ses recherches autour de l’archipel de Turku nourrissent un récit où observation, voyage, fiction et réflexion sur notre rapport à l’environnement se rencontrent.

Cette manière de travailler est révélatrice d’une démarche où le dessin participe lui-même à la construction du récit. L’expérience vécue, la documentation et l’imaginaire ne sont pas nécessairement séparés : ils peuvent se superposer pour produire une autre manière de raconter un lieu.

Une préoccupation que l’on retrouve également dans Avifaune, projet consacré aux relations entre les humains et les oiseaux dans l’espace urbain.

Du dessin à la lithographie

En 2025, Éléonore Scardoni élargit encore son champ d’expérimentation avec Avant toute chose, réalisé avec les textes du poète Carl Norac et publié par les éditions CotCotCot.

Cette fois, ce sont ses lithographies qui dialoguent avec la poésie.

Le livre confirme une pratique qui ne s’enferme décidément pas dans un médium unique. Bande dessinée, dessin, gravure, lithographie, édition : les techniques deviennent autant de façons d’explorer une même question, celle du rapport entre l’image, le récit et notre perception du monde.

Cette démarche n’est toutefois pas exempte de questionnements critiques. À propos d’Avant toute chose, une critique publiée dans KAROO souligne notamment la richesse plastique de l’ouvrage tout en interrogeant son caractère exigeant et la distance que peut parfois créer une approche très sophistiquée entre l’œuvre et son lecteur.

Une réserve intéressante, précisément parce qu’elle rappelle que l’expérimentation artistique ne garantit pas automatiquement une lecture immédiate. Elle invite aussi à considérer le travail de Scardoni comme une recherche, avec ses partis pris et ses exigences, plutôt que comme une simple déclinaison esthétique de la bande dessinée.

Quand l’artiste devient aussi éditrice

L’autre particularité du parcours d’Éléonore Scardoni est peut-être là : elle ne se contente pas de créer des images, elle participe également à la fabrication des espaces dans lesquels elles peuvent exister.

Avec En 3000, elle s’inscrit dans une aventure éditoriale indépendante qui fait dialoguer bande dessinée, illustration, gravure, risographie, graphisme et typographie.

Cette dimension éditoriale donne un éclairage supplémentaire à la rencontre liégeoise. Car les Archives de la Bande dessinée ne s’intéressent pas uniquement aux livres achevés : elles conservent aussi les planches et dessins originaux, ces traces matérielles qui permettent de comprendre comment une image imprimée est devenue ce qu’elle est.

C’est donc une occasion de découvrir non seulement des œuvres, mais aussi une manière de les penser, de les fabriquer et de les partager.

Deux rendez-vous pour une même découverte

La rencontre du 22 septembre sera précédée d’un premier rendez-vous au Comptoir du Livre, Féronstrée 106.

À 16 h 30, Éléonore Scardoni proposera une visite de l’exposition Paysages d’une rétrospective En 3000 éditions. Une entrée particulièrement intéressante pour découvrir le travail éditorial développé autour de cette structure.

Puis, à 18 h, direction les Fonds patrimoniaux pour la rencontre avec l’artiste, auteure et éditrice.

Deux lieux, deux approches, mais finalement un même fil conducteur : celui d’une création contemporaine où l’image ne se contente pas d’illustrer une histoire, mais participe à la construction du monde dans lequel cette histoire prend place.

Et pour les Archives de la Bande dessinée, c’est aussi une manière de rappeler que le patrimoine de demain est peut-être déjà sous nos yeux — dans les livres, les dessins, les matrices, les expérimentations et les collaborations des artistes d’aujourd’hui.

Le mardi 22 septembre, les Archives de la Bande dessinée accueillent à Liège Éléonore Scardoni, artiste, auteure, dessinatrice, graveuse et éditrice. De Forgeries à La Grande Üto, jusqu’à Avant toute chose, son parcours explore les liens entre image, récit, territoire et édition.

Le regard de Cyberliège Magazine

Une artiste à la croisée des chemins

Ce qui rend le parcours d’Éléonore Scardoni particulièrement intéressant est peut-être moins la diversité des techniques qu’elle utilise que la manière dont elle les fait dialoguer. Chez elle, la bande dessinée peut devenir territoire, le territoire devenir récit, le dessin devenir recherche et le livre devenir un espace collectif d’expérimentation.

Une façon de rappeler que les Archives de la Bande dessinée ne conservent pas seulement des objets du passé : elles contribuent aussi à documenter la création qui est en train de construire le patrimoine graphique de demain.