Exposition « Jacques Lizène — Les années Yellow Now »

Exposition « Jacques Lizène — Les années Yellow Now » à la Galerie Nadja Vilenne à Liège

Aux sources d’un « petit Maître » devenu figure majeure de l’avant-garde liégeoise

Samedi 21 février, la Galerie Nadja Vilenne affichait complet pour le vernissage de « Jacques Lizène — Les années Yellow Now ». Une affluence à la mesure de l’importance historique de cette exposition, qui plonge le visiteur au cœur de la période fondatrice (1968-1975) de l’artiste.

Et le mot n’est pas galvaudé : ce que l’on découvre ici dépasse largement la simple rétrospective.

Une mine d’or documentaire

Photographies, peintures, dessins, vidéos, archives, documents préparatoires… L’exposition frappe d’abord par la richesse de son corpus.

Parmi les pièces les plus surprenantes : des storyboards de projets de films destinés à une projection en télévision en circuit fermé, témoins d’une époque où la vidéo expérimentale ouvrait un champ inédit d’exploration artistique.

On mesure à quel point ces années sont celles d’un laboratoire permanent. Rien n’est décoratif. Tout est tentative, déplacement, friction.

On voit naître un artiste qui ne cherche pas à séduire mais à questionner et parfois à déranger.

Les fondations d’un système artistique

Cette plongée dans les années Yellow permet de mieux comprendre les bases structurelles de l’œuvre de Jacques Lizène.

Ce que l’exposition met en lumière, c’est moins une période que la mise en place d’un système :

  • le travail sur le cadre et le hors-champ

  • la répétition comme méthode

  • le décalage comme posture

  • l’humour comme stratégie critique

  • la mise en scène de l’échec ou de la médiocrité revendiquée

On comprend ici que les fameux « Remake », que Lizène réactivera tout au long de sa carrière, ne sont pas des retours nostalgiques, mais l’actualisation d’un programme conceptuel pensé très tôt.

Tous les germes de son art sont déjà là.

Yellow Now : un terreau décisif

Impossible d’évoquer cette période sans rappeler le rôle de Yellow, future maison d’édition Yellow Now, qui fut un espace décisif d’expérimentation à Liège dès la fin des années 1960.

Ce contexte explique la liberté radicale des propositions présentées :
vidéo, art d’attitude, dispositifs minimaux, gestes volontairement pauvres.

L’exposition montre combien cette scène liégeoise constituait un véritable laboratoire d’avant-garde, loin des centres dominants.

Le génie de la « médiocrité »

Ce qui frappe, enfin, c’est la cohérence du personnage.

Celui qui se définissait comme « Le petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle, artiste de la médiocrité et de l’Art nul » apparaît ici dans toute sa lucidité stratégique.

La « médiocrité » n’est pas faiblesse : elle est posture critique.
L’« Art nul » n’est pas absence d’ambition : il est refus du spectaculaire et de la virtuosité dominante.

Et c’est peut-être là que réside le paradoxe le plus fascinant : derrière la revendication d’insignifiance se dessine une pensée d’une remarquable rigueur.

Pourquoi faut-il voir cette exposition ?

Parce qu’elle permet de comprendre ce qu’il y a de profondément structurant dans l’œuvre de Lizène.
Parce qu’elle révèle les fondations d’un travail que l’artiste n’a cessé de réactiver.
Parce qu’elle replace Liège dans une cartographie essentielle de l’avant-garde belge.

Une exposition essentielle pour saisir ce qu’il y a de « génial » chez celui qui prétendait n’être qu’un petit maître.

 

Exposition « Jacques Lizène — Les années Yellow Now »

Du 21 février au 18 avril 2026

Galerie Nadja Vilenne

5, rue Commandant Marchand – 4000 Liège.

Ouvert du jeudi au samedi de 14 à 18 h. ou sur rendez-vous

 

Exposition « Jacques Lizène — Les années Yellow Now » à la Galerie Nadja Vilenne à Liège