Les secrets du Trinkhall – Le bâtiment qui a refusé de disparaître

DOSSIER SPÉCIAL

Les secrets du Trinkhall

Chapitre 1/4 – Le bâtiment qui a refusé de disparaître

Et si le bâtiment le plus étonnant du parc d’Avroy n’était pas celui que vous croyez ?

Chaque jour, des centaines de Liégeois traversent le parc d’Avroy. Certains s’y promènent, d’autres rejoignent le centre-ville, profitent d’un moment de détente ou s’arrêtent quelques instants devant le Trinkhall Museum.

Ils admirent volontiers cette étonnante façade blanche qui semble diffuser la lumière et beaucoup pensent avoir sous les yeux un musée résolument contemporain.

Pourtant…

L’histoire est bien plus surprenante.

Car le bâtiment que nous voyons aujourd’hui n’a pas été construit de toutes pièces. Derrière cette enveloppe lumineuse se cache un autre édifice. Un bâtiment inauguré en 1963, promis un jour à la démolition, mais qui a finalement échappé à son destin.

Comment est-ce possible ?

C’est le premier secret que nous vous invitons à découvrir.

Une histoire qui commence bien avant le musée

Pour comprendre le Trinkhall d’aujourd’hui, il faut remonter près de cent cinquante ans en arrière.

En 1880, un élégant pavillon voit le jour au cœur du parc d’Avroy. Inspiré de l’architecture mauresque alors très en vogue, il accueille un café, une salle de billard, des concerts, des bals et, quelques années plus tard, des projections cinématographiques. Les Liégeois viennent y flâner, s’y retrouver et profiter de l’animation du parc.

Son nom, Trink-Hall, emprunté aux stations thermales germaniques, s’installe rapidement dans le vocabulaire liégeois.

Un incendie détruit le pavillon en 1908. Il est reconstruit, avant d’être remplacé au début des années 1960 par un bâtiment au style radicalement différent.

Le restaurant que tout le monde a oublié

En 1963, l’architecte Maurice Chalant imagine un bâtiment moderne, largement ouvert sur le parc. Le lieu accueille un restaurant, une vaste terrasse et même un dancing qui animera les soirées liégeoises.

À cette époque, personne n’imagine que ce bâtiment deviendra un jour un musée.

Les décennies passent.

Le restaurant ferme.

Le bâtiment vieillit.

Comme beaucoup d’architectures des années soixante, il finit par paraître dépassé.

Pour certains, sa disparition semble inévitable.

Une seconde vie inattendue

Mais l’histoire prend une tout autre direction.

À partir des années 1980, le Créahm investit progressivement les lieux. Les ateliers de création remplacent les tables du restaurant. Les artistes redonnent vie à un bâtiment que beaucoup considéraient comme condamné.

En 1998 naît le MADmusée, consacré à des créateurs dont le regard singulier bouscule les codes habituels de l’art contemporain.

Le bâtiment retrouve une raison d’être.

Pourtant, le temps laisse des traces. Les infiltrations se multiplient, les performances énergétiques deviennent insuffisantes et les espaces ne répondent plus aux besoins d’un musée en pleine évolution.

Une nouvelle question se pose alors.

Faut-il démolir ?

Ou imaginer une autre voie ?

Le choix qui allait tout changer

En 2008, la Ville de Liège lance un concours d’architecture pour imaginer l’avenir du musée.

Parmi les projets proposés, un choix surprend le jury.

Plutôt que d’effacer le passé, les architectes Aloys Beguin et Brigitte Massart proposent de le préserver.

Leur idée est aussi simple qu’audacieuse : conserver le bâtiment de Maurice Chalant et lui offrir une nouvelle enveloppe capable de le protéger, de le transformer et de lui ouvrir un nouvel avenir.

Une idée qui va bouleverser l’histoire du Trinkhall.

Mais entre cette intuition et l’inauguration du nouveau musée, plus d’une décennie s’écoulera.

Pourquoi un délai si long ?

Comment convaincre qu’un bâtiment promis à la disparition méritait d’être sauvé ?

Et surtout…

Comment transformer un ancien restaurant des années soixante en l’un des musées les plus singuliers de Belgique sans lui faire perdre son identité ?

 

Le carnet de Goupil

« J’étais persuadé que le Trinkhall était un musée construit il y a seulement quelques années. Comme beaucoup de Liégeois, je passais devant sans me poser de questions. Puis Aloys Beguin m’a montré une photographie prise en 1963. J’ai levé les yeux vers le bâtiment… et j’ai soudain compris que l’ancien restaurant était toujours là, juste devant moi. Depuis ce jour, je ne traverse plus le parc d’Avroy de la même manière. Derrière cette façade lumineuse, je vois désormais un lieu qui raconte plusieurs vies. Et ce n’est que le premier de ses secrets… »

Le prochain secret…

Le bâtiment est sauvé.

Reste maintenant à comprendre comment deux architectes ont imaginé une solution que beaucoup jugeaient impossible.

Pourquoi ont-ils choisi de protéger le bâtiment plutôt que de le remplacer ?

Comment est née cette étonnante enveloppe translucide qui fait aujourd’hui du Trinkhall une véritable lanterne au cœur du parc d’Avroy ?

Et pourquoi cette idée, d’une simplicité apparente, a-t-elle profondément changé notre manière de regarder ce lieu ?

Nous vous dévoilerons ce deuxième secret dans notre prochain chapitre  2/4 : « Sous la cloche de lumière… »

Photo d’archive du TrinkHall à Liège
Photo d’archive du TrinkHall à Liège