Quand Paganini rencontre Ysaÿe : les violons des diables au Grand Curtius à Liège
Du 16 octobre 2026 au 7 mars 2027, le Grand Curtius propose une exposition internationale consacrée à l’héritage de Niccolò Paganini et à son influence sur plusieurs générations de violonistes, jusqu’à l’École liégeoise du violon et à Eugène Ysaÿe. Une histoire de virtuosité, de transmission et de patrimoine musical entre Gênes et Liège.
Il y a des musiciens dont le nom finit par dépasser la musique elle-même. Niccolò Paganini est de ceux-là.
Né à Gênes en 1782 et mort à Nice en 1840, le violoniste et compositeur italien a profondément marqué l’histoire de son instrument. Sa virtuosité exceptionnelle, son style spectaculaire et sa maîtrise de techniques alors considérées comme extraordinaires ont contribué à construire sa légende de « Violoniste du Diable ».
Mais derrière le mythe se trouve surtout un musicien qui a repoussé les possibilités techniques et expressives du violon et dont l’influence allait se faire sentir bien au-delà de l’Italie.
De Paganini à l’École liégeoise
C’est précisément cette histoire de transmission que raconte le Grand Curtius.
À travers Paganini et son héritage, l’exposition montre comment une nouvelle conception de la virtuosité va circuler à travers l’Europe et nourrir plusieurs générations de musiciens. Parmi eux figurent Camillo Sivori, Henry Vieuxtemps, César Thomson et Eugène Ysaÿe, autant de noms qui permettent de relier l’histoire du maître génois à celle de la grande tradition violonistique liégeoise.
Né à Liège en 1858, Eugène Ysaÿe est l’une des figures majeures de cette tradition. Formé au Conservatoire de Liège, il devient notamment l’élève et le protégé d’Henry Vieuxtemps avant de mener une carrière internationale de violoniste, compositeur, pédagogue et chef d’orchestre.
Ses Six Sonates pour violon seul, composées en 1923, sont aujourd’hui considérées comme l’un des sommets du répertoire pour violon.
Le rapprochement entre Paganini et Ysaÿe n’est donc pas celui de deux virtuoses simplement réunis par une même légende. Il permet surtout de comprendre comment une innovation musicale se transmet, se transforme et se réinvente d’une génération à l’autre.
Des instruments, des manuscrits et des archives
Pour raconter cette histoire, le Grand Curtius réunira des manuscrits autographes, partitions, instruments historiques et contemporains, archives, objets de mémoire et pièces rarement exposées, provenant notamment de collections publiques et privées italiennes et belges.
Parmi les pièces annoncées figure notamment la guitare personnelle de Paganini, qui rappelle que le célèbre violoniste était également guitariste et compositeur pour cet instrument.
L’exposition permettra ainsi de passer du personnage légendaire au musicien, de la virtuosité au travail de composition, et de l’individu à l’histoire collective de la transmission musicale.
Liège, une ville du violon
Cette exposition trouve naturellement sa place à Liège, Ville créative de musique de l’UNESCO depuis 2017. Elle s’inscrit également dans le réseau de la Route Européenne Paganini, Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe.
À travers cette manifestation, le Grand Curtius rappelle ainsi que Liège n’est pas seulement un lieu de conservation de cette histoire : la ville en est l’un des foyers essentiels, grâce à une tradition musicale qui a rayonné bien au-delà de ses frontières.
Et parce que la musique ne se résume jamais à des objets conservés derrière une vitrine, l’exposition sera accompagnée tout au long de sa durée par un programme de concerts, conférences, visites guidées et activités pour petits et grands.
Une belle occasion de redécouvrir Paganini autrement, mais aussi de mesurer, à travers Ysaÿe et les grands violonistes liégeois, l’importance d’une tradition qui continue de faire entendre sa voix.
« Quand Paganini rencontre Ysaÿe : les violons des diables »
Grand Curtius – Féronstrée 136, Liège
Du 16 octobre 2026 au 7 mars 2027, de 10h à 18h, sauf le mardi et certains jours fériés.
Tarif adulte : 10 € · groupe : 8 € · senior : 6 € · Article 27 : 1,25 €.
Gratuit pour les moins de 26 ans, les professeurs, les détenteurs du MuseumPassMusées et pour toutes et tous le premier dimanche du mois.
Le billet donne accès à l’exposition et aux collections permanentes du musée.
Le regard de Cyberliège Magazine
Il y a quelque chose d’assez fascinant dans cette rencontre entre Paganini et Ysaÿe : deux hommes séparés par plusieurs générations, mais réunis par un même instrument et par cette volonté de repousser ses limites.
Et derrière le personnage presque mythologique du « Violoniste du Diable », l’exposition nous invite surtout à regarder du côté de la transmission. Car entre Gênes et Liège, ce sont des maîtres, des élèves, des partitions et des instruments qui font circuler une certaine idée de la virtuosité.
Une manière aussi de redécouvrir une évidence parfois oubliée : Liège possède une véritable histoire du violon. Et avec Ysaÿe, Vieuxtemps, César Thomson ou encore leurs élèves et héritiers, cette histoire a largement dépassé les frontières de la ville.
Au Grand Curtius, Paganini ne vient donc pas seulement nous jouer quelques notes diaboliques. Il vient nous rappeler que la musique, elle aussi, possède ses lignées, ses filiations et ses histoires de famille.

