Quand l’art public devient refuge : le projet de Maria Vita Goral

Maria Vita Goral : sculpter un abri, sculpter la dignité, un projet qui interpelle

 

1. Introduction – Une reconnaissance méritée

En 2025, Maria Vita Goral est devenue lauréate du Prix de la Triennale de sculpture Égide Rombaux à Bruxelles. Une distinction qui ne salue pas uniquement une démarche plastique exigeante, mais un projet ambitieux où l’art public se conjugue à une véritable vocation sociale.

Car l’œuvre primée ne se limite pas à une présence symbolique dans la ville : elle ambitionne de devenir un «abri de nuit et de vie » pour les personnes sans domicile fixe, inscrivant ainsi la sculpture dans une réalité concrète et urgente.

2. Le concours et ses enjeux

La Triennale de sculpture Égide Rombaux valorise une création contemporaine capable de renouveler le langage sculptural et d’interroger son rôle dans l’espace public. En distinguant Maria Vita Goral, le jury a fait un choix fort : reconnaître un projet qui dépasse la représentation pour toucher à l’action sociale.

La récompense valide une vision : celle d’un art qui ne se contente pas de commenter le monde, mais qui tente d’y intervenir.

3. Portrait de l’artiste

Maria Vita Goral développe depuis plusieurs années une pratique centrée sur la figure humaine et sur la notion de présence. Son travail explore la vulnérabilité, la résistance, la dignité des corps.

Chez elle, la sculpture n’est jamais neutre. Elle porte une tension entre esthétique et responsabilité. L’artiste revendique un art ancré dans la cité, capable de dialoguer avec les réalités sociales les plus sensibles.

Ce projet s’inscrit dans cette continuité : il traduit une conviction profonde que l’art public peut devenir un outil de transformation.

4. Le projet de sculpture « Base 1 »: genèse et intention

Le point de départ est un constat brutal : dans toutes nos villes, les personnes sans abri font partie du paysage urbain sans véritablement en faire partie. Elles sont visibles, mais souvent ignorées.

Maria Vita Goral a choisi de répondre à cette contradiction par une proposition radicale : concevoir une sculpture qui soit également un abri ou un cocon pour elle qui affectionne tant le concept de « chrysalide ».

Un « abri de nuit et de vie ».

La genèse du projet repose sur cette idée fondatrice : transformer un geste artistique en structure protectrice. La sculpture ne se contente plus de représenter la précarité ; elle offre un espace tangible, un lieu où l’on peut se poser, se protéger, exister.

L’intention est double :

  • Rendre visible une réalité sociale souvent évitée.
  • Proposer une réponse concrète, même symbolique, à l’urgence humaine.

5. Description plastique et symbolique de l’œuvre

Sur le plan formel, l’œuvre s’articule autour d’un volume facilement transportable conçu pour accueillir. Les lignes, les matériaux, l’échelle sont pensés pour conjuguer solidité, protection et ouverture.

L’abri s’inscrit dans l’espace public sans se dissimuler. Il ne se cache pas. Il affirme une présence. Cette visibilité est essentielle : elle rappelle que la précarité n’est pas périphérique, mais centrale dans nos sociétés contemporaines.

La dimension artistique reste fondamentale. La forme n’est pas utilitaire au sens strict ; elle conserve une puissance symbolique. L’abri devient sculpture. La sculpture devient refuge.

C’est dans cette tension que réside la force du projet :

  • Art public, par son inscription durable dans la ville et sa qualité plastique.
  • Projet social, par sa fonction d’accueil et sa volonté de redonner dignité et visibilité.

6. Une œuvre à portée sociale

En proposant un abri intégré à une œuvre d’art, Maria Vita Goral interroge notre rapport à l’espace commun. Qui a le droit d’y trouver place ? Qui peut s’y protéger ?

L’œuvre crée un point de friction salutaire. Elle oblige à penser la ville comme un espace partagé, non comme un territoire hiérarchisé.

Plus qu’un symbole, le projet ouvre une réflexion sur la responsabilité collective face à l’exclusion. Il transforme la sculpture en geste civique.

7. Perspectives et avenir du projet

La reconnaissance du Prix de la Triennale de sculpture Égide Rombaux constitue une validation artistique forte. Mais la concrétisation matérielle de l’abri nécessite des moyens conséquents : conception technique, choix des matériaux résistants, mise en conformité, implantation.

Le projet est prêt à franchir une nouvelle étape. Il requiert désormais un engagement financier et institutionnel pour passer de la maquette à la réalité urbaine.

8. Conclusion – Construire ensemble un espace de dignité

L’«abri de nuit et de vie » imaginé par Maria Vita Goral ne se limite pas à une proposition artistique audacieuse. Il pose une question fondamentale : quelle place accordons-nous aux plus vulnérables dans l’espace public ?

Soutenir ce projet, c’est affirmer que l’art peut être une réponse — même partielle — à une urgence sociale. C’est accepter que la sculpture ne soit pas uniquement un objet à contempler, mais un espace à habiter.

Institutions, mécènes, entreprises, citoyens : toutes les bonnes volontés sont appelées à participer à sa réalisation matérielle et financière.

Parce que cette œuvre ne sera pleinement accomplie que si elle devient collective. Parce qu’un abri, pour exister, a besoin d’un toit, mais aussi d’un engagement partagé.

Projet de sculpture-abri « Base-1 » de Maria Vita Goral
Projet de sculpture-abri « Base-1 » de Maria Vita Goral