Regards croisés : les jeunes photographes et l’héritage de Doisneau

📷✨ « Doisneau. Regards croisés » : la jeune photographie à l’ombre d’un regard humaniste

Après la grande rétrospective « Robert Doisneau. Instants Donnés », la visite de « Doisneau. Regards croisés » prolonge l’expérience de manière stimulante. Dans l’espace Roseraie de La Boverie, les étudiants de l’Académie royale des Beaux-Arts de LiègeESA et de l’ESA Saint-Luc ne rendent pas hommage : ils entrent en dialogue.

Et c’est précisément là que réside l’intérêt de cette exposition.

📱 Photographier aujourd’hui : entre banalisation et profusion

Nous vivons dans une époque saturée d’images. Chaque jour, des millions de photographies sont produites, diffusées, consommées puis oubliées sur les réseaux sociaux. Les outils techniques sont accessibles à tous : smartphones performants, logiciels de retouche, filtres instantanés, intelligence artificielle. La photographie est devenue immédiate, démultipliée, parfois décorative.

Dans ce contexte, que signifie encore photographier ?

C’est toute la pertinence de cette confrontation avec Robert Doisneau. Car son œuvre rappelle que la photographie ne se réduit ni à une prouesse technique ni à un effet esthétique. Elle repose d’abord sur une présence au monde.

🎞️ L’essence du regard selon Doisneau

Doisneau photographiait en noir et blanc, arpentait les rues, fréquentait les bistrots, entrait dans les ateliers d’artistes. Son style ?

  • Une attention aux anonymes.
  • Une tendresse lucide envers les êtres.
  • Une patience presque artisanale.
  • Une capacité à saisir « l’imparfait de l’objectif », cette part de fragilité qui rend une image vivante.

Il ne cherchait pas l’image spectaculaire. Il cherchait la justesse. Le moment où un geste, un regard, une posture racontent quelque chose de plus vaste que la scène elle-même.

🎓 Deux écoles, une pluralité de réponses

Face à cet héritage, les étudiants proposent une diversité réjouissante de démarches. Certaines séries explorent la rue contemporaine, d’autres interrogent l’intime, les relations, la solitude, la construction de soi. Les esthétiques varient : noir et blanc ou couleur assumée, mise en scène ou captation sur le vif, sobriété documentaire ou approche plus conceptuelle.

Cette pluralité fait la force de l’exposition. Elle témoigne d’une génération consciente des enjeux de l’image et de son omniprésence. Certains travaux jouent avec les codes actuels, d’autres semblent volontairement revenir à une économie de moyens plus épurée. Tous cherchent, à leur manière, à formuler une position.

Ce n’est pas l’imitation de Doisneau qui est en jeu, mais la confrontation. Comment photographier l’humain aujourd’hui ? Où se niche la poésie dans un monde hyperconnecté ? Comment éviter l’effet pour privilégier le sens ?

👁️ L’essentiel : un regard singulier

Au-delà des techniques, des filtres et des logiciels, une évidence s’impose en parcourant l’exposition : la photographie demeure un acte profondément personnel. Ce qui fait la force d’une image, ce n’est ni la résolution d’un capteur ni la sophistication du traitement informatique. C’est le regard singulier porté sur la société et les êtres qui la composent, à un moment précis.

Doisneau avait ce regard attentif, solidaire, parfois malicieux. Les étudiants, eux, cherchent encore, expérimentent, doutent et c’est précisément ce qui rend leur travail intéressant. On y perçoit des hésitations, des audaces, des tentatives. Une jeunesse en train de se construire.

🌱 Un pari réussi ?

Cette confrontation artistique est-elle réussie ? Oui, si l’on considère qu’elle ouvre un espace de réflexion plutôt qu’un verdict. Oui, si l’on accepte que la photographie soit un champ de tensions entre tradition et innovation. Oui, enfin, si l’on reconnaît que la transmission ne consiste pas à reproduire, mais à inspirer.

Quel que soit l’avenir professionnel de ces jeunes photographes, on ne peut que leur souhaiter de conserver intact ce regard sur la société qui les entoure : curieux, critique, sensible.

Le pari de « Regards croisés » ne se mesure pas en comparaisons, mais en résonances. À chacun désormais d’en juger en visitant cette exposition stimulante, complémentaire et profondément actuelle.

📍 À découvrir à La Boverie, espace Roseraie, jusqu’au 19 avril 2026.

Exposition « Doisneau. Regards croisés »- La Boverie à Liège