La Ville de Liège relance ses chantiers patrimoniaux

Liège : malgré les contraintes budgétaires, la Ville relance ses chantiers patrimoniaux

Présentés ce lundi matin par l’échevin des Travaux et du Patrimoine, Roland Léonard, les « Chantiers de printemps » dessinent une ambition claire : préserver et valoriser le patrimoine liégeois, en dépit d’un contexte budgétaire sous tension.

Car ces dernières années ont profondément marqué les finances publiques. Entre la crise du Covid-19, les conséquences des inondations de 2021 et la flambée des coûts liée à la guerre en Ukraine, la trajectoire budgétaire de la Ville de Liège a été fortement bousculée. Comme d’autres niveaux de pouvoir, la commune a dû s’adapter rapidement, avec des marges de manœuvre plus limitées.

Dans ce cadre, la Ville s’est conformée aux exigences régionales du Plan Oxygène : retour à l’équilibre budgétaire dès 2025 et maintien de cette trajectoire jusqu’en 2031. Résultat : un budget extraordinaire 2026 resserré, concentré sur des priorités essentielles — enseignement, prévention des inondations, voiries, mais aussi restauration du patrimoine.

Un patrimoine exceptionnel à préserver

Avec 443 biens classés — soit plus de 11 % du patrimoine wallonLiège possède une richesse patrimoniale remarquable. Parmi ceux-ci, 26 sites bénéficient du statut de patrimoine exceptionnel. Dans ce contexte, poursuivre les restaurations engagées apparaît comme un enjeu stratégique pour l’attractivité de la ville.

Parmi les chantiers emblématiques, la Collégiale Sainte-Croix poursuit sa métamorphose. Entamée en 2020, la restauration de son enveloppe extérieure se prolonge avec l’objectif de finaliser toitures et façades d’ici 2027. Une étape majeure pour cet édifice millénaire fondé sous l’impulsion de Notger, dont la sauvegarde semble désormais assurée, même si la restauration intérieure reste à venir.

Autre dossier d’envergure : l’Hôtel d’Ansembourg, joyau de l’architecture bourgeoise du XVIIIe siècle. Classé patrimoine exceptionnel, il fait l’objet d’une restauration ambitieuse. Après une première phase dédiée aux équipements techniques et à la création d’une extension contemporaine pour l’accueil du public, le chantier touche à son terme avec la rénovation des toitures, charpentes et façades.

Dans le même esprit, l’Hôtel de Ville de Liège bénéficiera prochainement d’une intervention ciblée : le remplacement de ses 139 châssis et de ses fenêtres de toiture. Un chantier discret mais essentiel pour améliorer le confort et la durabilité du bâtiment, tout en respectant les exigences patrimoniales.

Le « petit patrimoine », mémoire du quotidien

Au-delà des grands monuments, la Ville entend également valoriser ce que l’on appelle le « petit patrimoine » : fontaines, œuvres urbaines, éléments architecturaux modestes mais porteurs de mémoire.

C’est le cas de la fontaine de la place Saint-Étienne, œuvre du plasticien Emile Desmedt. Installée en 2007 à l’arrière des Galeries Saint-Lambert, cette sculpture contemporaine, reconnaissable à sa forme ouverte évoquant une paume de main, fait aujourd’hui l’objet de travaux d’entretien nécessaires.

Autre intervention attendue : la restauration de la fontaine Saint-Jean-Baptiste, rue Hors-Château, œuvre du sculpteur baroque Jean Del Cour. Ses bas-reliefs seront prochainement restaurés, notamment grâce au savoir-faire des tailleurs de pierre de la Ville.

Enfin, le pont des Bayards verra le retour des coquelicots en acier corten de l’artiste Alexandra Gadina. Cette œuvre, chargée d’émotion, rend hommage à deux jeunes victimes d’un drame survenu en 2006, rappelant combien le patrimoine urbain peut aussi être un vecteur de mémoire collective.

Un signal malgré tout

Dans un contexte financier contraint, ces « Chantiers de printemps » témoignent d’une volonté affirmée : celle de ne pas renoncer à l’entretien et à la valorisation du patrimoine liégeois. Entre grands projets et interventions plus discrètes, c’est toute une mémoire urbaine qui continue de se transmettre et de se reconstruire.

Un programme mesuré, certes, mais porteur d’un signal fort : celui d’une ville qui, malgré les obstacles, choisit de préserver son identité et de préparer l’avenir.

Fontaine d’Emile Desmedt – Photo © A. Hanniken
Fontaine Saint-Jean-Baptiste – Photo © A. Hanniken
« Les coquelicots », 2013, une œuvre en acier corten d’Alexandra Gadina – Photo © A. Hanniken
Toitures Collégiale Sainte-Croix – Photo © A. Hanniken