Galerie LRS52, un finissage en douceur pour « Au pays des oiseaux »

Un finissage tout en douceur à la galerie LRS52 pour l’exposition « Au pays des oiseaux »

Après plusieurs semaines placées sous le signe des oiseaux, la galerie LRS52 à Liège a refermé l’exposition Au pays des oiseaux par un après-midi à son image : sensible, curieux et profondément habité.

Le public, venu en nombre, s’est retrouvé ce dimanche pour un moment privilégié mêlant rencontres et expériences artistiques, dans le cadre du programme « TALK TALK ». Une manière de prolonger l’exposition autrement, en donnant voix et parfois souffle aux œuvres.

Le langage des oiseaux, entre mots et images

Au cœur de cette rencontre, trois artistes aux pratiques distinctes mais étonnamment complémentaires : Annabelle Guetatra, Justine Arnal et Valentine Laffitte.

Toutes trois ont ouvert des pistes autour du « langage des oiseaux », cette notion à la fois poétique et symbolique, oscillant entre son, signe et imaginaire.

Annabelle Guetatra, dont le travail de dessin explore des territoires oniriques et charnels, a évoqué une approche presque rituelle de l’image, où le trait devient une forme d’incantation.

À ses côtés, Justine Arnal, autrice et psychanalyste, a déplacé la réflexion vers le champ du langage et du corps, interrogeant la manière dont les mots, comme les chants, nous traversent et nous construisent.

Valentine Laffitte, quant à elle, a apporté une dimension visuelle et tactile à cette conversation, à travers ses collages de papiers colorés, faits de superpositions, de fragments et de rythmes, évoquant par leur composition même une forme de partition silencieuse.

Écouter disparaître : une performance de Lucile Bertrand

Moment suspendu de l’après-midi, l’intervention de Lucile Bertrand est venue clore la rencontre avec une proposition aussi originale que poignante.

À partir de partitions de chants d’oiseaux qu’elle a elle-même analysés et retranscrits, l’artiste a offert une interprétation singulière, à mi-chemin entre lecture, performance et évocation sonore.

Son projet, Chanter comme des oiseaux, repose sur un travail d’écoute minutieuse d’enregistrements réalisés aux quatre coins du monde par des ornithologues amateurs. Chaque chant devient alors matière à écriture : les sons sont traduits en signes, en rythmes, en hauteurs suggérées, convoquant des analogies humaines ou mécaniques du souffle au grincement, de la plainte à l’écho métallique.

Mais derrière cette poésie sonore affleure une réalité plus grave : sur les quatorze chants retranscrits, une part significative appartient déjà à des espèces disparues ou en voie de l’être.

Entre enchantement et mélancolie, la performance donne à entendre ou plutôt à imaginer une mémoire fragile, celle d’une biodiversité sonore en train de s’éteindre.

Une clôture à la hauteur de l’exposition

Dans la continuité du vernissage, marqué par l’émerveillement et la découverte, ce finissage aura offert une autre temporalité : celle de l’écoute, du dialogue et de la résonance intérieure.

Les visiteurs, visiblement conquis, ont prolongé les échanges avec les artistes dans une atmosphère chaleureuse, comme pour retenir encore un peu ce « Pays des oiseaux » avant qu’il ne referme ses portes.

Car si les œuvres quittent les murs de la galerie, quelque chose demeure : une attention renouvelée à ces présences discrètes qui peuplent notre quotidien.

Et peut-être, en sortant, une envie simple — lever les yeux, tendre l’oreille, et écouter à nouveau le monde.

Livres de Valentine Laffitte
Lucile Bertrand – Chanter comme des oiseaux – Photo © A. Hanniken
De gauche à droite :Daniel Dutrieux, Valentine Laffitte, Lucile Bertrand, Annabelle Guetatra & Justine Arnal – Photo © A. Hanniken