Au Musée de la Vie wallonne, une exposition de François Maréchal raconte le Liège populaire d’autrefois
François Maréchal : la mémoire de Liège gravée dans le cuivre
Après avoir exploré les profondeurs des charbonnages à travers l’objectif de Gustave Marissiaux, le visiteur du Musée de la Vie wallonne est invité à poursuivre son voyage dans le temps avec « François Maréchal. Mémoire gravée de Liège », présentée dans le cloître du musée jusqu’au 3 novembre 2026.
Si les deux expositions semblent de prime abord très différentes, elles apparaissent rapidement comme les deux volets d’un même récit consacré à la mémoire industrielle, sociale et humaine de la région liégeoise.
François Maréchal, témoin privilégié du Liège populaire
Contemporain de Gustave Marissiaux, François Maréchal fut l’une des grandes figures artistiques liégeoises de la première moitié du XXe siècle. Graveur reconnu, professeur puis directeur de l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège entre 1913 et 1920, il a profondément marqué l’histoire artistique locale tout en contribuant au développement de l’enseignement de la gravure.
Mais au-delà de son importance dans l’Histoire de l’Art belge, Maréchal apparaît aujourd’hui comme un témoin privilégié d’une ville en pleine mutation.
Ses eaux-fortes et gravures nous entraînent dans les rues, les quais, les impasses et les vieux quartiers de Liège. Elles donnent à voir une cité populaire, laborieuse et profondément humaine, bien éloignée des cartes postales monumentales ou des représentations officielles de la ville.
Quand la gravure devient support de mémoire
Ce qui frappe immédiatement dans cette exposition est la finesse du regard porté par l’artiste sur son environnement.
Là où d’autres auraient privilégié les grands monuments ou les perspectives spectaculaires, François Maréchal s’intéresse aux lieux ordinaires et aux « petites gens ». Une ruelle étroite, un quai animé, une façade modeste ou un coin de rue deviennent sous sa pointe sèche des sujets dignes d’être conservés pour la postérité.
La gravure agit ici comme un véritable outil de mémoire.
Beaucoup des lieux représentés ont disparu ou se sont profondément transformés au cours du XXe siècle. Les œuvres exposées permettent ainsi de retrouver un Liège aujourd’hui effacé par les transformations urbaines successives. Elles ressuscitent un paysage urbain que les générations contemporaines n’ont pas connu mais dont l’empreinte demeure inscrite dans l’identité collective de la cité ardente.
Cette dimension patrimoniale confère à l’exposition une valeur documentaire remarquable sans jamais réduire les œuvres à de simples archives.
Les habitants au cœur des œuvres de François Maréchal
Comme chez Marissiaux, l’intérêt de l’œuvre ne réside pas uniquement dans les décors.
Les rues gravées par François Maréchal sont habitées. Des passants traversent les compositions, des travailleurs occupent l’espace urbain, des silhouettes anonymes animent les quais et les faubourgs. La ville n’est jamais figée. Elle vit.
Cette présence humaine constitue sans doute l’un des liens les plus intéressants entre les deux expositions présentées au Musée de la Vie wallonne.
Chez Marissiaux, les mineurs apparaissent au pied des châssis à molettes et des infrastructures industrielles. Chez Maréchal, ces mêmes classes populaires réapparaissent dans les rues, sur les marchés, le long des quais et dans les quartiers qu’elles habitent.
L’un montre le lieu où se crée la richesse industrielle. L’autre montre la ville façonnée par cette richesse et par celles et ceux qui la produisent.
Un dialogue artistique avec Gustave Marissiaux
La photographie et la gravure diffèrent profondément dans leur rapport au réel.
Marissiaux saisit un instant. Maréchal interprète, reconstruit et réinvente à travers le geste du graveur. Pourtant, leurs démarches se rejoignent dans une même volonté de conserver la trace d’un monde en pleine transformation.
Tous deux observent la région liégeoise à une époque où l’industrie structure profondément les paysages, les quartiers et les existences. Tous deux témoignent d’une société dont les repères vont progressivement disparaître au fil du siècle.
Le dialogue proposé par le Musée de la Vie wallonne apparaît dès lors particulièrement pertinent. Les deux artistes racontent une même histoire depuis des points de vue complémentaires. Ensemble, ils composent un portrait sensible de la Liège industrielle et populaire du début du XXe siècle.
Deux regards complémentaires sur une même histoire
Au-delà de la qualité artistique des gravures présentées, « François Maréchal. Mémoire gravée de Liège » trouve toute sa dimension lorsqu’elle est découverte en parallèle de « Gustave Marissiaux. La Mine en lumière ».
L’une conduit le visiteur au cœur des charbonnages et du monde du travail. L’autre l’invite à parcourir les rues, les quais et les quartiers où vivaient celles et ceux qui animaient cette ville industrielle en pleine effervescence.
La photographie répond ici à la gravure. Les paysages miniers dialoguent avec les paysages urbains. Les mineurs croisés chez Marissiaux semblent retrouver les rues et les faubourgs dessinés par Maréchal. À travers deux techniques, deux sensibilités et deux regards d’artistes, c’est finalement une même société qui se dévoile.
Plus d’un siècle après leur création, les œuvres de ces deux témoins privilégiés du Liège industriel continuent de nous parler avec une étonnante modernité. Elles nous rappellent que derrière les grandes transformations économiques se trouvent toujours des femmes et des hommes, des lieux de travail mais aussi des lieux de vie.
En réunissant ces deux expositions, le Musée de la Vie wallonne propose bien davantage qu’une simple rétrospective artistique. Il offre une immersion sensible dans une époque qui a profondément façonné l’identité de la région liégeoise.
Une double visite que l’on ne peut que recommander à celles et ceux qui souhaitent mieux comprendre l’histoire industrielle, sociale et humaine de Liège à travers le regard de deux artistes dont les œuvres se répondent avec une remarquable complémentarité.






