Exposition “La rencontre” à la Galerie Nadja Vilenne à Liège
Après avoir incarné à lui seul la polémique à la Biennale de Venise, Jacques Charlier apparaît aujourd’hui dans un tout autre contexte. À la Galerie Nadja Vilenne, La rencontre le place au cœur d’un dialogue avec cinq autres artistes majeurs. Une exposition subtile, faite d’échos, de décalages et d’ironie, où le regard du visiteur devient le véritable terrain d’expérimentation.
Après la polémique de Venise, l’exposition “La rencontre” réunit Jacques Charlier et ses complices à Liège
Dans l’article précédent, Jacques Charlier apparaissait comme cet artiste par qui la polémique arriva, capable, avec cent dessins et beaucoup d’esprit, de faire vaciller la solennité d’une Biennale de Venise. À la Galerie Nadja Vilenne, le voici dans un tout autre décor. Non plus face à l’institution, mais au milieu d’autres artistes. Non plus seul contre tous, mais en situation de dialogue. La rencontre porte bien son nom.
Car il ne s’agit pas ici d’un accrochage collectif de plus, où les œuvres cohabitent poliment comme des invités qui s’ignorent autour d’un buffet tiède. Il s’agit d’un espace de frictions feutrées, de connivences inattendues, de désaccords silencieux. Autour de Jacques Charlier gravitent Filip Francis, Jacques Lizène, Emilio López-Menchero, Valérie Sonnier et Walter Swennen : six manières de penser l’art, six façons de déplacer le regard.
Ce qui frappe d’emblée, c’est que cette exposition ne cherche pas à impressionner, mais à déstabiliser en douceur. Ici, pas de grand discours démonstratif. On circule plutôt dans un champ de signes, de formes, de gestes qui semblent parfois mineurs et qui, précisément pour cela, travaillent en profondeur. L’ironie, le doute, le jeu avec les codes sont partout, mais rarement appuyés.
Jacques Charlier, qu’on a vu récemment bousculer les pudeurs institutionnelles, apparaît ici presque comme un pivot. Son regard critique sur le monde de l’art trouve des échos évidents chez Jacques Lizène, maître autoproclamé de “l’art nul”, qui s’employait depuis des décennies à saboter la grandeur artistique à coups de dérisoire assumé. À proximité, Walter Swennen rappelle que la peinture elle-même peut devenir terrain de glissement : signes, mots, formes flottent dans un espace où le sens ne tient jamais en place très longtemps.
Avec Filip Francis, c’est le regard du spectateur qui vacille. Sa peinture ne se livre pas frontalement ; elle demande un ajustement, une attention au champ visuel, à la perception périphérique. Emilio López-Menchero, de son côté, interroge la figure même de l’artiste : posture, rôle social, identité deviennent matériaux. Quant à Valérie Sonnier, elle introduit une autre temporalité, plus lente, plus atmosphérique, où le paysage et la mémoire visuelle ouvrent une respiration presque méditative au milieu de ces jeux conceptuels.
Ce qui circule entre toutes ces œuvres, c’est une même méfiance vis-à-vis des certitudes. Certitudes sur ce qu’est une œuvre, sur ce qu’est un artiste, sur ce que l’on est censé comprendre. L’exposition fonctionne comme une conversation à voix basse : une œuvre semble répondre à une autre, la contredire, la nuancer, la prolonger. Et le visiteur, loin d’être simple spectateur, se retrouve embarqué dans cette discussion muette, obligé de faire lui-même les liens.
Après Venise et ses crispations, La rencontre offre un autre visage de l’art : moins spectaculaire, mais plus profond. Un art qui ne cherche pas le scandale, mais qui continue, tranquillement, à miner les évidences. Ici, personne ne crie. Mais beaucoup de choses se déplacent.
Il suffit d’accepter d’entrer dans le jeu.





